
Dans l'esprit de beaucoup, l'accès à la culture (petite précision à l'adresse de ceux qui ont du mal à s'y retrouver dans les différentes acceptations d'un terme: je ne parle pas de l'ensemble des opérations propres à tirer du sol les végétaux utiles à l'homme et aux animaux domestiques ... mais de l'ensemble des facultés de l'esprit qui permettent de développer le sens critique, le goût et le jugement) n'est possible que dans ces endroits très pollués et grouillant d'habitants stressés couramment dénommés villes, ou encore métropoles, megapoles, mégalopoles par les géographes, voire aires urbaines ou éventuellement pôles urbains par les statisticiens de l'INSEE. Ce préjugé est ancien et solidement ancré, mais il est faux! Aubrives, modeste bourgade entouré d'un écrin de verdure lui permettant de bénéficier d'un air pur, en a apporté une éclatante démonstration ce week-end.
Samedi après-midi et toute la journée de dimanche, à l'initiative de l'association Espace Loisirs et de son dynamique et par ailleurs très sympathique président Régis Lenoble admirablement épaulé par Claude Stroppa, l'un de nos plus talentueux artistes locaux, la 5ème édition de l'exposition de peinture appellée "Esquisse" s'y est tenue. Commencée en 2004 avec seulement 7 peintres, cette belle initiative connaît un succès croissant comme le montre la présence cette année de 25 artistes régionaux. La salle d'exposition était d'ailleurs totalement remplie d'oeuvres d'art, à tel point que la question du lieu d'exposition pour l'année prochaine se pose déjà! Beaucoup de personnes d'Aubrives et des communes environnantes se sont rendues à cette manifestation gratuite: certaines ont été dubitatives devant quelques tableaux, mais la plupart a apprécié la qualité d'ensemble très élevée. Cette exposition se solde donc par un nouveau succès et démontre que lorsqu'on a la chance de bénéficier de bénévoles actifs et imaginatifs l'accès à l'art n'est pas réservé aux nantis. Bravo à Régis Lenoble et à toute son équipe qui nous ont offert en prime une belle surprise en annonçant leur volonté de créer cette année un atelier de peinture, encadré par des artistes locaux, à destination des jeunes et des moins jeunes. Je suis convaincu que cette initiative qui recevra à n'en pas douter l'approbation de tous ceux qui s'inscrivent dans l'héritage des Lumières et des révolutionnaires utopistes du début du siècle passé trouvera un écho favorable de la part de la municipalité. En tout cas, elle le mériterait.
Samedi soir, l'association Florilège a apporté sa contribution à ce week-end culturel par l'intermédiaire de sa troupe Arlechino qui a proposé son gala annuel intitulé "du rire aux larmes". Devant un public de 200 personnes remplissant totalement la salle Maillard, magnifique exemple de l'esprit paternaliste qui animait une partie du patronat français au début du siècle dernier. Plusieurs dizaines de comédiens parfois rongés par un trac bien compréhensible ont joué une vingtaine de saynètes souvent de grande qualité. A titre personnel, j'ai tout particulièrement apprécié celle de l'animateur de quartier s'évertuant à faire jouer des scènes de la Révolution française à des jeunes, ainsi que celle des chauffeurs de bus scolaires livrant leurs réflexions sur la société moderne et ses défauts supposés. La réussite de tous ces sketchs témoigne du travail en profondeur qui a été accompli par les acteurs, qui possèdent tous des qualités certaines, voire un talent incroyable comme cette "petite peste" se déhanchant sur les notes de pretty woman. La soirée a été pour moi, et à n'en pas douter pour une immense partie des spectateurs, un véritable moment de bonheur. Merci à mesdames et messieurs Grasser et Bortolussi pour le travail formidable qu'ils effectuent en toute discrétion et dans un bénévolat absolu en direction des jeunes auxquels ils ouvrent des possibilités d'épanouissement et en faveur de l'ouverture de la culture au plus grand nombre. Félicitation aussi pour l'organisation au profit des membres de l'association d'un voyage au musée du Louvre: certes, ils ont peu de chance d'y rencontrer Carla, mais ils y feront connaissance avec des beautés que le temps ne pourra ni flétrir, ni faner.
Dans la vallé de la Meuse, on connaissait déjà Haybes la jolie. Avec un peu de persévérance et d'encouragement, on connaîtra peut-être bientôt Aubrives la culturelle. C'est du moins le souhait que je fais.
LB