Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

mercredi 29 avril 2015

Chevènement : "L'Allemagne aime la France, mais la France adore l'Allemagne"

Hier soir, lundi 27 avril, au journal télévisé de 20h00 sur France 2 : Un titre m’interpelle : « l’Allemagne aime la France » et surtout le commentaire du présentateur Julian Bugier : « jamais la France n’a autant exporté en Allemagne : 67,7 milliards d’euros en 2014 ». J’avais gardé le souvenir d’un commentaire ironique de mon collègue allemand, Otto Von Lambsdorff me disant, en 1982, devant le déficit commercial français sur l’Allemagne, alors 28,5 Milliards de francs : « Le SME est un système de subventions à l’industrie allemande ».

J’aime beaucoup « les Echos », un journal qui rapporte des faits. Effectivement, dans son édition du 27 avril, je trouve un petit article, en bas de la page 5, intitulé : « Exportations record en Allemagne en 2014 ». Mais à côté un petit graphique apparaît : Evolution de l’écart des échanges commerciaux entre la France et l’Allemagne : les exportations allemandes vers la France atteignent 102 Milliards d’euros en 2014. L’écart qui était de 28 milliards de francs en 1982 a bondi, 32 ans après, à 35 Milliards d’euros (1 euro = 6,57 FF), soit neuf fois plus. Sans commentaires.

Comment pourrait-on illustrer mieux l’effet de la monnaie unique qui renforce les forts et affaiblit les faibles ? L’Allemagne aime la France, certes, mais à ce compte là, la France adore l’Allemagne ! 

(billet d'actualité de Jean-Pierre Chevènement)

lundi 20 avril 2015

Chevènement : "Pour être fier d'être français, il faudrait déjà avoir de la mémoire"

Marianne : La France ne mérite t-elle pas d'être aimée, car elle est le lieu par excellence où se déploie l'idée républicaine ? 
Jean-Pierre Chevènement : Aujourd'hui, il est banal de se dire républicain, mais la cohérence même du concept échappe à la plupart. « La République est un grand acte de confiance », disait Jaurès. Or, aujourd'hui, les citoyens n'ont plus confiance dans l'intégrité des responsables politiques, et les responsables politiques ont perdu leur confiance dans le civisme des citoyens. J'ai été beaucoup attaqué pour avoir souligné qu'en matière de politique économique européenne la droite et la gauche conduisaient des politiques également désastreuses. Bien entendu, des différences existent entre ces deux familles politiques, mais les dirigeants qui sont issus de l'une comme de l'autre acceptent identiquement le corset européen qui limite leur marge d'action, y compris en dehors de l'économie. Un exemple lourd de sens : en Ukraine, les Européens, sous l'influence d'une partie des responsables américains, de Joe Biden à la CIA, se laissent entraîner à un affrontement qui eût été et serait encore parfaitement évitable avec la Russie. Ils conditionnent la levée des sanctions à l'application stricte des accords de Minsk dont la partie ukrainienne refuse de mettre en œuvre le volet politique (élections locales, révision constitutionnelle en vue de décentraliser le pays). On nous a dit : « L'Europe, c'est la paix ! » Ne serait-ce pas la guerre froide, et même parfois la guerre chaude, avec cette volonté purement idéologique d'exporter ses normes pour, ultérieurement, frayer la voie à l'Otan ? Pour remonter le courant, la France et l'Allemagne ont inventé le « format Normandie », mais celui-ci ne nous affranchit pas des décisions prises à 28. Or, l'européisme conduit à l'inféodation, c'est-à-dire à l'effacement de la France. Est-ce vraiment l'Europe qui a découragé les Français d'aimer la France ? 

N'est-ce pas plutôt le fait que l'identité française soit devenue une « identité malheureuse » ? 
Je rejoins cette analyse, car, pour être fier d'être français, il faudrait déjà avoir de la mémoire. Et connaître notre histoire. Savoir nous mouvoir dans la longue durée est une aptitude que nous avons perdue. Il faut dire que les technologies, notamment numériques, concourent à l'hyperindividualisme libéral, au court-termisme et à la dictature de l'émotion, bref à un « évidement » de la démocratie, comme l'a bien montré Marcel Gauchet. En fait, deux phénomènes se conjuguent : l'européisme, dans sa fonction anesthésiante, est la conséquence de l'effondrement de la France – un effondrement qui, avant d'être civilisationnel, est politique. Après la Première Guerre mondiale, la France n'a plus trouvé dans la Russie un allié de revers ; les États-Unis, retournant à l'isolationnisme, ont refusé d'honorer la garantie donnée par Wilson à Clemenceau ; et l'Allemagne, restée en vertu du principe d'autodétermination contenu dans les 14 points de Wilson, la puissance principale en Europe, a choisi, avec Hitler, de surenchérir sur sa défaite de 1918. La manifestation du 11 janvier a montré que l'idée républicaine s'est diffusée très largement dans le corps social. Deux cent vingt-six ans après la Révolution de 1789, tout ce qui a contribué à l'isolement et à l'effacement progressifs de notre pays sur la scène européenne n'a pas porté atteinte aux « ressorts » essentiels de notre nation. 

Justement, sortons-nous d'une longue séquence d'autodépréciation ? 
Cela me paraît vraisemblable, mais la bataille n'est pas gagnée : les tenants du french bashing ne désarment pas. Le 11 janvier, avec les 47 chefs d'Etat et de gouvernement étrangers venus témoigner leur solidarité au peuple français, a constitué un sursaut magnifique, empreint de dignité, confirmant l'attachement des Français à la liberté ainsi que la permanence du rayonnement de notre pays. Le défi que nous jette le terrorisme djihadiste est une menace de longue durée. Il faut armer la République pour en triompher. Les valeurs qu'elle représente doivent être traduites en actes. Rien ne sera possible tant qu'on ne rebattra pas les cartes de la construction européenne. Le cadenassage européen par des textes néolibéraux à valeur quasi constitutionnelle (Acte unique, Maastricht, Lisbonne) nous prive de notre liberté d'action. L'européisme, en renvoyant la France a un passé dépassé, sape l'estime de nous-mêmes sans laquelle notre peuple, pas plus que tout autre, ne pourrait continuer son histoire. Contre cette tendance à l'amnésie généralisée, contre toutes les doctrines de la désappartenance et de la table rase, nous devons renouer avec la longue durée de notre histoire et travailler à sa transmission active. La redécouverte du politique, si elle a lieu, sera la résultante des chocs inévitables qui nous attendent. Avant 1940, Aragon « conchi[ait] l'armée française », mais après le traumatisme de l'occupation nazie, il célébrait « [s]a France »'. Tout n'est donc peut-être pas perdu si nous savons bâtir une alternative républicaine pour en finir avec le néolibéralisme.

(Entretien de Jean-Pierre Chevènement accordé à Marianne, vendredi 17 avril 2015)

vendredi 17 avril 2015

Les chevènementistes tendent la main à Nicolas Dupont-Aignan !

"Lors du conseil national du MRC (Mouvement Républicain et Citoyen), de dimanche dernier, l'ancien ministre, Jean-Pierre Chevènement, a souhaité rompre l'alliance, souvent naturelle, avec le Parti Socialiste. L'idée : se rapprocher des républicains de droite. Un petit caillou dans le pied pour le PS qui retrouvera, peut-être, en face de lui, un nouveau Pôle Républicain... 

On ne les entend plus beaucoup mais ils sont toujours là dans la classe politique. Avec leurs élus, devenus rares, ou par la voix de leur leader spirituel, Jean-Pierre Chevènement, les républicains du MRC essaient d'influencer, depuis plus de 10 ans, la gauche et le Parti Socialiste. Avec un certain échec, reconnaît d'ailleurs le Président d'honneur du MRC. Alors que son futur congrès (prévu pour juin) se prépare et qu'il n'est plus que l'ombre de lui-même (le MRC revendique environ 1000 adhérents) le MRC a vu les différentes motions s'opposer ou se rejoindre lors du conseil national de ce dimanche. Avec un constat inquiétant qui relève du dilemme, personne n'étant dupe au MRC : le mouvement existe encore parce qu'il a soutenu le Parti Socialiste en 2007 et en 2012 et obtenu ainsi des accords électoraux. Ainsi, depuis 2012, trois députés MRC cohabitent au sein de la majorité et tentent tant bien que mal d'influencer la majorité. Mais plutôt anti-libéral, anti-européiste et étatiste, le MRC se sent très éloigné des positionnements du gouvernement. Mais quelle logique adopter pour le MRC ? 

1) Faire comme Jean-Luc Mélenchon, faire scission avec la majorité et se situer dans l'opposition quitte à se présenter contre le PS lors des élections ? Ce pari s'annonce risqué pour l'avenir des élus du MRC. 

2) Rester au sein de la majorité, obtenir des élus mais accepter ainsi le social-libéralisme et la construction européenne ? Cela ne serait pas cohérent avec les valeurs du chevènementisme.

Finalement, c'est bien Jean-Pierre Chevènement qui tranche publiquement sans demi-mesure. Sans le dire, l'idée d'un nouveau Pôle Républicain le convainc. Réunir ainsi comme en 2001, les républicains des deux rives. Jean-Pierre Chevènement est même formel : "au fond, sur le programme, nous n'avons pratiquement aucune différence avec le parti de Nicolas Dupont-Aignan (note : Debout La France). Là où on a une légère opposition c'est sur le thème de l'immigration." C'est dit. Il va jusqu'à demander, aux instances de son parti, d'entamer les discussions avec les républicains de l'autre rive. Une rupture donc avec les alliances habituelles, menées depuis 2002, avec le PS lors des élections présidentielles, législatives et locales. 

L'ancien ministre reconnait volontiers que ces alliances ont été réalisées dans l'inquiétude de maintenir des élus étiquetés MRC. D'ailleurs, Jean-Pierre Chevènement n'est pas naïf : Le discours du Bourget de 2012 du candidat François Hollande, il n'y a jamais cru (comme l'ensemble de ses adhérents). Les chevènementistes ont bien espéré que François Hollande rompe avec la présidence de Nicolas Sarkozy. Mais le refus du Président de renégocier, quelques mois après son arrivée au pouvoir , le Pacte budgétaire européen, donnait le ton de la politique menée. Une politique qui n'irait pas du tout dans le sens des chevènementistes. Le MRC souhaite maintenant rebondir. Et son salut ressemble bien à celui d'une réconciliation avec la Droite gaulliste. Une alliance pas si étonnante en temps de crise. Jean-Pierre Chevènement veut rappeler l'histoire : celle où la France s'est relevée après la 2nde guerre mondiale grâce à l'union des gaullistes, des communistes et des forces républicaines".

(Bastien G, Agoravox)