Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

lundi 2 août 2010

Retraites : un oubli qui en dit long…

Dans un article intitulé Financement des retraites : l’enjeu des cotisations patronales, Bernard Friot, professeur d’économie et sociologie à l’université Paris X, écrit : "On oublie toujours, quand on raisonne sur l’avenir des retraites, que le PIB progresse d’environ 1,6 % par an, en volume, et donc qu’il double, à monnaie constante, en 40 ans. C’est pourquoi nous avons pu multiplier par 4,5 les dépenses de pension depuis 1960". Pourquoi une information aussi déterminante est-elle systématiquement occultée ? Certainement parce qu'un petit calcul, comme on savait encore les faire à l'époque du certificat d'études, montrerait que ceux qui nous gouvernent nous prennent pour des demeurés.

En effet, si aujourd’hui 10 actifs produisent un gâteau de 100 et qu’ils ont à charge 4 retraités, ce sont 14 personnes qui se partagent un gâteau de 100. Ainsi la part de chaque personne est de (100 : 14) soit 7,14. Dans quarante ans, si 10 actifs produisent un gâteau de 200 et qu’ils ont à charge 8 retraités, ce seront 18 personnes qui se partageront un gâteau de 200. Ainsi la part de chaque personne sera de (200 : 18) soit 11,1.

C’est limpide ! Non seulement il sera possible de financer les retraites au même niveau qu’avant les actuelles réformes à remonter le temps, mais en plus la part de gâteau restante pour l’investissement et l’élévation du niveau de vie sera bien plus importante en 2040, le tout à monnaie constante bien sûr. Alors, pourquoi cet acharnement à détruire un mécanisme qui fonctionne bien ? Probablement parce que le système social français, créé par le Conseil National de la Résistance en 1945, met en rage les hommes d’affaires et les financiers qui ne peuvent pas réaliser de plus values boursières sur les 40% de notre part salariale (les fameuses cotisations sociales patronales) qui payent notre retraite et notre santé.

Et c’est bien là que se situe tout l’enjeu des soi-disant réformes : les classes dirigeantes rêvent de faire main basse sur le salaire différé que constituent les cotisations sociales patronales ! Pour s’emparer de cette galette, leur stratégie consiste à réduire nos droits pour nous contraindre progressivement à financer notre santé et notre retraite par des assurances privées. Ils ont d’ailleurs déjà commencé puisque les réductions de cotisations patronales se multiplient depuis 2002 et atteignent maintenant près de 30 milliards chaque année. Combien de ces dizaines de milliards sont allés aux investissements productifs ? Combien d’emplois ont-ils créés ? Quelle efficacité ont-ils eu au regard des sommes englouties ? Voilà quelques questions auxquelles on aimerait bien avoir des réponses avant d'abandonner notre système qui fonctionne bien au profit des tapis verts des casinos boursiers...

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