Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

vendredi 20 mars 2009

Bouclier fiscal : quelques comparaisons pour mieux en mesurer l'impact.


Dans leur édition de mardi, le journal de Droite "Le Figaro" et le quotidien économique "Les Echos" ont révélé, en se basant sur des chiffres figurant dans le très sérieux bilan de la loi "Travail, emploi, pouvoir d'achat" envoyé par la ministre de l'économie Christine Lagarde à l'Assemblée Nationale, que le bouclier fiscal a coûté 458 millions d'euro en 2008 contre 229 millions en 2007. Un quasi doublement donc, qui a permis à 13.998 contribuables favorisés par la fortune (au sens premier comme au sens second du terme!) de recevoir un chèque du Trésor Public leur restituant en moyenne 33.000 euro contre 16.700 euro pour les 13.700 bénéficiaires de ce dispositif en 2007. Mesure symbolique de la campagne présidentielle et du début du mandat de Nicolas Sarkozy qui plafonne les impôts de tout ménage à 50 % de ses revenus pour qu'aucune personne ne travaille plus d'un jour sur deux pour financer l'Etat, ce bouclier fiscal est présenté par ceux qui ont oublié le 3ème élément de la devise républicaine (vous savez, la fraternité ... et non la popriété comme c'était le cas pendant la 1ère République!) comme une mesure de "justice sociale". Eric Woerth, ministre du budget, a même précisé cette semaine qu'il le considérait comme "normal, juste et efficace".

En période de crise économique aigüe, son existence suscite néanmoins des réticences, dans l'opposition bien sûr, mais aussi dans certains rangs de la majorité. Le chef de l'Etat a cependant réaffirmé avec force qu'il ne serait pas remis en cause. Le MRC 08 prend acte de cette décision reflètant, sans surprise, un dogmatisme libéral qui nous semble totalement décalé par rapport à la situation dramatique que nous connaissons. Et pour répondre par anticipation à ceux qui ne manqueront pas de faire remarquer que ces 458 millions d'euro ne représentent pas grand chose comparés aux 360 milliards d'euro consentis aux banques, voire aux 28 milliards d'euros offerts aux entreprises par la suppression de la taxe professionnelle, voici une comparaison chiffrée parlante pour la population des Ardennes montrant à quoi correspond véritablement ce cadeau fait aux riches : c'est l'équivalent de ce que coûterait la construction de la branche ouest du Y ardennais (287 millions) à laquelle il faudrait ajouter la réalisation du barreau de raccordement entre l'A 34 et la RN 43 (30 millions) ainsi que la mise en 2 fois 2 voies du tronçon Bazeilles-Carignan-Blagny (45 millions), la rénovation de la ligne TER de Charleville-Mézières à Givet (30 millions), la réouverture de la ligne ferroviaire Givet-Dinant (28 millions), la construction du 2ème pont de Givet (15 millions), la réfection complète du barrage des 4 Cheminées (13 millions) et la réalisation de la voie verte entre Charleville-Mézières et Mouzon (10 millions). Rien moins que celà, c'est à dire de quoi financer en une seule année tous les travaux d'infrastructure dont les Ardennes ont un besoin urgent!

Quant à ceux qui seraient plus sensibles aux comparaisons avec des aménagements urbains, qu'ils sachent que ces 458 millions d'euro correspondent au coût de la rénovation urbaine actuellement menées dans les quartiers de Torcy cités et Le lac à Sedan (120 millions), de La Houillière, de la Ronde Couture et de Manchester à Charleville-Mézières (206 millions) et du Charnois à Fumay (40 millions) auquel il faudrait ajouter celui de la construction du lycée de Revin (38 millions) ainsi que du CFA de Poix-Terron (13,7 million), du collège de Revin (11 millions), de la médiathèque de Charleville-Mézières (6 millions), du centre aquatique de Mouzon (6,2 millions), du pôle culturel de Sedan (3 millions), de la nouvelle scénographie du musée Guerre et Paix de Novion Porcien (2,8 millions), de la salle polyvalente de Carignan (2,5 millions), de la MARPA de Juniville (1,7 millions) et de la modernisation du port de Givet (6,2 millions). Bref, de tous les aménagements en cours ou en projet dans l'ensemble du département! Evidemment, d'autres comparaisons seraient possibles, mais la démonstration nous semble suffisante. Si, vu de Paris, les sommes rétrocédées au titre du bouclier fiscal, qui s'élèvent tout de même à 368.261 euro en moyenne pour les 834 contribuables les plus aisés (soit près de 30 années de SMIC!) semblent peu de choses, vu des Ardennes, département sinistré par la crise économique, elles représentent une montagne d'argent dont on aurait sans difficulté l'usage. Tout est relatif, dit-on, en voici un bel exemple que nos décideurs pourraient méditer avec profit ...

1 commentaire:

titi a dit…

Toutes ces comparaisons sont bien intéressantes, mais est-ce qu'à Paris on sait encore que les Ardennes existent et quels sont leurs besoin ? Moi, j'en doute de plus en plus, mais ça ne m'empêche pas de trouver ce bouclier fiscal scandaleux. Faire des cadeaux aux riches qui peuvent payer quand il y a auatnt de pauvres, c'est tout de meme pas très normal