Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

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lundi 3 août 2009

Charlemont : des panneaux solaires pour remplacer les militaires ?


A la fin du mois de juin, le fort de Charlemont, qui accueillait depuis 1962 un centre d'entrainement commando, a définitivement fermé ses portes, éliminant ainsi de Givet toute présence militaire. Avec cette nouvelle opération de désaménagement du territoire, la ville a perdu son 1er employeur et les élus locaux ont reçu en héritage un dossier particulièrement épineux : que faire de la forteresse, d'une superficie de 90 hectares, et de ses 5 kilomètres de murailles ? La municipalité, effrayée à juste titre par les frais d'entretien de ce colossal ensemble, a rapidement fait savoir qu'elle n'était intéressée que par les installations militaires basses situées directement dans la ville, mais le ministère de la Défense a refusé cette proposition, préférant se débarasser d'un seul coup de la totalité de ses propriétés. Un cabinet d'expertise a alors été mandaté pour rechercher des utilisations possibles pour le site et il a rendu dernièrement ses conclusions. Parmi elles, au-delà de quelques banalités sur lesquelles il vaut mieux ne pas s'étendre (construction d'un hôtel, installation d'un centre aéré ou d'un centre sportif), on trouve une idée originale applicable à court terme : l'implantation d'une ferme photovoltaïque sur le plateau d'Asfeld.

Parlons simplement! Il s'agit de l'installation, sur 10 à 12 hectares de terrains plats, de plusieurs dizaines de milliers de panneaux solaires destinés à produire de l'électricité renouvelable, donc propre. A priori, cette idée est très séduisante puisqu'elle permettrait d'aller dans le sens des décisions prises par le gouvernement lors du Grenelle de l'environnement, tout en préservant le paysage étant donné que l'océan de panneaux solaires serait à l'abri de tout regard. En plus, elle entraînerait la réhabilitation de la partie de la forteresse la plus éloignée de la ville, c'est à dire celle qui est la moins favorable au développement d'un projet touristique ou sportif. Et, cerise sur le gâteau, l'installation de cette ferme utilisant une technologie de pointe très en vogue serait extrèmement valorisante en terme d'image pour le territoire, ce qui pourrait amener les médias à le présenter autrement que comme un espace en crise économique secoué périodiquement par de violents soubresauts sociaux.

Pourtant, lorsque cette idée a été débattue devant le conseil de la Communauté de communes Ardenne Rives de Meuse, 2 délégués se sont prononcés contre : Octace Saxe, maire de Foisches depuis plusieurs décennies qu'on peut considérer comme un exemple de bon sens paysan, et Marcel Vigneron, ancien président de l'intercommunalité qui bénéficie d'une grande expérience de terrain. Ces 2 oppositions, motivées par des craintes sur le financement du projet et sur sa viabilité économique, amènent à se poser plusieurs questions : sachant qu'un appel d'offres international spécifique va être lancé pour cette ferme et que le gouvernement a déjà lancé un appel d'offres pour son projet de construire d'ici 2011 une ferme solaire dans chaque région, la ferme du plateau d'Asfeld sera-t-elle celle qui bénéficiera d'un soutien spécial de l'Etat en Champagne-Ardenne ? Dans le cas contraire, quel investisseur privé acceptera d'investir, sur un site recevant à peine 1.100 heures de soleil par an, 15 à 20 millions d'euros, alors qu'il bénéficie sur la totalité du territoire métropolitain depuis 2006 de l'obligation de rachat par EDF de l'électricité produite jusqu'à un plafond annuel de 1.500 heures ? En attendant que ces interrogations soient levées, le MRC 08, qui rappelle son soutien au développement des énergies renouvelables en complément de l'énergie nucleaire, invite les décideurs locaux à ne pas tomber dans une euphorie exagérée et prématurée. Nous leur demandons aussi de ne pas oublier l'aspect socio-économique de la question, à savoir que les emplois créés ne compenseront pas, et de loin, les 160 qui ont disparu avec la fermeture du CEC.

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