Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

mercredi 17 octobre 2007

Qisqi: une bonne nouvelle à relativiser

Assurément, les temps changent. Pour une fois, les Ardennes ne vont pas être la victime d'une énième délocalisation cherchant à tirer profit des facilités permises par la mondialisation, mais elles vont en être la bénéficiaire. Une entreprise étrangère a en effet fait savoir ces derniers jours qu'elle allait s'implanter dans le chef-lieu du département. Son site internet précise d'ailleurs ses motivations: c'est parce que "le département des Ardennes offre une position centrale en Europe, à un jet de pierre de Paris, Bruxelles, Amsterdam, Cologne, Strasbourg, Genève et Londres et que le TGV arrive désormais à Charleville-Mézières". Bel éloge de la situation géographique de notre département et des aménagements récents réalisés pour en accroître encore l'attractivité. Joli coup de chapeau à nos dirigeants départementaux qui ont fait de ces 2 arguments les axes principaux de leur action et de leur communication économique. Mais de qui provient-il? Quelle est la multinationale qui s'est enfin rendu compte que, dans la mise en concurrence sauvage des hommes et des territoires, la terre des Ardennes a des atouts sérieux à faire valoir? Ne cherchez pas, vous risqueriez de vous égarer en regardant en direction des mastodontes industriels qui ont étendu leurs tentacules sur tous les continents. Ce n'est ni un géant économique, ni une entreprise provenant de cieux exotiques qui a fait cette si belle apologie des Ardennes. C'est Qisqi, une société belge spécialisée en biométrie et en titres sécurisés.
Pour notre département, l'arrivée d'une entreprise belge n'est pas une première comme en témoignent entre autres la présence de Magotteaux à Aubrives, d'Unilin à Bazeilles ou encore d'Aerofleet à Givet. Et Qisqi ne sera certainement pas la dernière si une bonne promotion des avantages accordés par l'amendement Warsmann est mise en place. Comme tout le monde, le MRC-08 reconnaît que cette installation est une bonne chose, d'autant qu'elle va dans le sens d'une diversification de notre tissu industriel. Pourtant, contrairement à d'autres, nous n'arrivons pas à transformer notre joie en béatitude. Pourquoi? D'abord parce que sur la forme, nous n'apprécions que très modérément la langue de bois: nous ne sommes pas des spécialistes en géographie, mais un simple coup d'oeil sur une carte démontre qu'une implantation dans les Ardennes ne peut pas rapprocher une entreprise belge à la fois d'Amsterdam et de Luxembourg, et encore moins de Bruxelles! Quelle honte y-a-t-il à dire que l'objectif est simplement de se rapprocher d'un donneur d'ordres, en l'occurence l'ANTS qui viendra bientôt s'établir à Charleville-Mézières? Ensuite et surtout parce que sur le fond, l'installation de Qisqi se traduira par la mise en place d'un bureau d'étude qui permettra la création de....15 emplois (!) sur 3 ans (!). Vous avez bien lu, ce n'est pas une faute de frappe, il ne manque pas de zéro: 15 emplois, 3 fois 5. Autant dire une goutte d'eau en moins dans l'océan de chômeurs que connaît notre département. Certes, mais ce seront des emplois qualifiés, diront le coeur sur la main certains. Effectivement leur répondrons nous, comme l'étaient les 50 postes d'enseignants qui ont été supprimés à la rentrée de septembre! Et pour que les choses soient encore plus claires, nous rajouterons que 15 emplois créés, ce n'est que 10% des emplois menacés de suppression à très court terme chez APM à Vouziers, ou 5% de ceux que la fermeture de Thomé-Génot a fait disparaître. Inutile de continuer la démonstration mathématique, tout le monde aura compris que si la mondialisation est bien un phénomène de création destructrice, elle détruit plus chez nous qu'elle ne crée: nous y perdons, c'est une vérité qu'il faut bien admettre!

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