Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

mercredi 6 août 2008

Carte scolaire: la fin programmée d'une belle avancée républicaine


La chose est désormais acquise : la carte scolaire, créée en 1963 par Charles de Gaulle et qui consistait à affecter obligatoirement les élèves d’un secteur géographique donné dans l’établissement scolaire le plus proche du domicile principal de leurs parents afin de favoriser la mixité sociale et accessoirement la gestion des flux et des moyens, sera supprimée en 2010. Comme tant d’autres, cette conquête sociale, imaginée et mise en œuvre par un homme que personne ne peut suspecter d’être un fervent adepte de l’égalitarisme mais qui avait une conception élevée de l’intérêt général, n’a pas résisté à l’ouragan sarkozyste qui se révèle infiniment plus dévastateur que les vagues libérales l’ayant précédé depuis 1986. Le riche et le pauvre ne seront donc plus obligés de se côtoyer dans l’Ecole de la République, pas plus d’ailleurs qu’ils ne sont contraints de le faire dans les casernes de l’armée française depuis une grosse dizaine d’années.
Cependant, cette mesure ayant suscité des réactions hostiles de nombreux parents d’élèves et de la toujours très influente FCPE, elle a été étalée dans le temps. Ainsi, à la rentrée prochaine, il n’est question que d’un aménagement partiel avec des possibilités de dérogation accrues et des délais assouplis. Mais le cap est clairement fixé : sous prétexte que le système donnait lieu de temps en temps à quelques absurdités et qu’une minorité de parents s’efforçait par tous les moyens de le contourner, il est condamné au profit d’une pseudo-liberté d’affectation dont on sent bien qu’elle profitera essentiellement aux nantis et non aux personnes à revenus modestes. Qui peut sérieusement croire que ces dernières auront les moyens d’offrir à leurs enfants une place au soleil dans le lycée prestigieux de leurs rêves ainsi que le logement qui va nécessairement avec ? Les dérives que connaît actuellement la carte scolaire seront donc maintenues, voire amplifiées, mais les adversaires de la mixité sociale auront la conscience plus légère et ils pourront bénéficier du soutien enthousiaste des proviseurs des lycées et collèges de centre-ville tout heureux de choisir enfin leur public, quitte à s’acheter une bonne conscience en sélectionnant quelques rejetons méritants issus de quartiers en difficulté.
Dans le département, cette suppression bénéficiera sans aucun doute à des établissements comme les lycées Sévigné et Chanzy à Charleville, sans parler de Clémenceau ou Jaurès à Reims qui verront affluer les demandes de parents d’élèves ardennais. Mais dans des sites scolaires moins prestigieux comme à Revin, à Givet et dans le sud du département, le MRC 08 est prêt à parier que cette pseudo-liberté encouragera la fuite des lycéens et des collégiens, ce qui aura pour effet de supprimer des filières d’abord, des établissements ensuite. En 1963, de Gaulle avait voulu en finir avec le secondaire à deux vitesses. Grand dessein qui hélas est aujourd’hui détricoté au profit d’une opération programmée de désaménagement du territoire…

2 commentaires:

Ophélie a dit…

Il me semble que depuis quelques temps déjà, beaucoup de parents d'élèves (aisés voire riches) choisissent ou laissent choisir leurs petits protégés le lycée le plus prestigieux à leurs yeux!

Un exemple, la génération de 1991 (c'est-à-dire la mienne): en classe de 3B au collège Charles Bruneau de Vireux Wallerand, nous étions 26 élèves ;environ 16 élèves issus de familles "aisées" et le reste de "rien" (selon "les bourges"), c'est-à-dire de familles ouvrières.

Dans la logique, les élèves "aptes" à se rendre en lycée général auraient dû tous se retrouver au lycée Vauban, or à peine la moitié s'y est retrouvée!

Vous comprendrez tout de suite que les fils et filles à papa (où maman d'ailleurs) se sont précipités à Chanzy ou à Sévigné ( quelle "classe" n'est-ce pas?)
et en tout bon fils et filles d'ouvriers, nous avons été admis à Vauban (j'en avais fait le voeu depuis le 1er trimestre et en suis toujours fière aujourd'hui!).
La réputation de Vauban ainsi que les élèves ayant fait le choix de s'y rendre ont été insultés mesquinement!

Seulement, le roue tourne (et heureusement) car si les lycéens de Vauban se sont pour la plupart vite adaptés à "l'infâme endroit", quelques autres (à ma connaissance 2 tout de même) du prestigieux lycée de Chanzy sont revenus à peine un mois après la rentrée, en pleurs et désespoir (les pauvres petits), frapper à la porte du lycée Vauban (sans honte mais soutenus par papa et maman; hey oui la vie c'es difficile!!!) qui les a accueilli à bras ouverts en tout bon petit lycée!

J'avoue que je n'ai pas su m'empêcher d'afficher un sourire en coin; mais pensez-vous ces personnes n'ont pas perdu leur fierté et se croient aujourd'hui encore l'un des piliers majeurs du lycée (j'en sais quelque chose puisqu'elles ont "atteries" dans ma classe en seconde; l'un des membres du MRC-08 saura certainement à qui je fais allusion ^^).
Est-ce que cet exemple de la génération 91 est une exception à la règle??

Je n'ai qu'une chose à dire:
Vive le lycée Vauban et vive la classe ouvrière ardennaise fidèle à la carte scolaire!

mrc-08 a dit…

Helas non, c'est tres loin d'etre une exception, mais pour autant ce n'etait pas jusqu'ici une pratique excessivement courante. D'apres les statistiques officielles, 30% des eleves contournaient jusqu'alors la carte scolaire, dont 20% en optant pour le prive.
Dorenavant, la possibilite d'aller ailleurs que dans son etablissement de reference sera ouverte a tous. Il n'y a pas besoin d'etre sorcier pour comprendre que cela creera une ecole a 2 vitesses: les nantis d'une part, les defavorises de l'autre. Tout cela est tres dans l'air du temps, mais il est tout de meme regrettable d'autoriser une pratique qui fermera les etablissements les plus fragiles et ghettoisera ceux qui sont les moins bien situes.