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vendredi 21 novembre 2008

Sopal: les patrons se retrouvent seuls face aux salariés!


Cela fait exactement un mois, jour pour jour, que les salariés de l'usine Sopal de Givet, appartenant à la filiale Gascogne Laminates du groupe multinational Gascogne, ont cessé le travail suite à l'annonce de la fermeture de leur site de production pour la fin de l'année. Depuis, ils ont bloqué l'accès à l'usine, grâce à un piquet de grève installé autour d'un brasier alimenté jour et nuit, afin de conserver le stock et les machines qui constituent leur seul moyen de pression pour obtenir un plan social digne de ce nom d'une direction qui ne cache pas vouloir leur accorder seulement le minimum prévu par la loi. Parallèlement, tout en multipliant les actions coup de poing pour sensibiliser la population à leur situation, les salariés ont tenté d'établir un dialogue avec la direction. En vain, jusqu'au jeudi 13 novembre lorsque, après 3 semaines de conflit, une première réunion a pu se tenir dans les Ardennes, non à Givet mais à Charleville-Mézières afin que les représentants de la direction ne subissent pas la colère des salariés après leur avoir mis sur la table une prime royale de 1.000 euro et une majoration de 25% du taux horaire pour obtenir la réouverture de l'accès à l'usine.

Cette annonce, pour ne pas dire cette provocation, a logiquement abouti à une poursuite du conflit, avec toutefois un net durcissement de la position de la direction. Ainsi, après avoir fait savoir qu'elle n'irait en aucun cas au-delà de sa proposition initiale, elle a déposé une demande d'ordonnance auprès du juge de référés de Charleville-Mézières afin d'obtenir l'évacuation de l'usine et la réouverture de la circulation sur le boulevard Bourck permettant d'y accéder. Elle a également jugé utile pour accroître la pression sur les grévistes d'attaquer en justice 25 salariés, désignés sur des critères pour le moins aléatoires par le directeur du site, en leur réclamant 200 euro d'astreinte par heure de blocage de l'usine. De leur côté, les salariés ont décidé d'exiger une prime supra-conventionnelle de 30.000 euro et une majoration de 50% du taux horaire et ils ont fait une démonstration partielle de leurs possibilités d'action en rendant public sur leur blog l'effet du déversement d'un seau d'encre dans la Houille. Un vrai bras de fer qui devait trouver son dénouement avant-hier avec le prononcé de la décision du juge des référés.

L'affaire n'étant visiblement pas simple, les impatients en ont été pour leurs frais puisque le jugement a été mis en délibéré au lendemain. Un stress supplémentaire donc, mais qui en valut la peine puisque, dans son infinie sagesse, le juge a finalement décidé de débouter la direction, laquelle a semble-t-il aussitôt renoncé aux poursuites judiciaires contre ses salariés. Il n'y aura par conséquent pas d'évacuation de la Sopal par la force! Au contraire, la priorité a été clairement donnée à la discussion puisque le préfet a reçu pour consigne de faire pression sur les dirigeants pour qu'ils viennent négocier directement à Givet. Une première réunion aura ainsi lieu mercredi prochain entre des patrons lâchés par les pouvoirs publics et des salariés gonflés à bloc.

Beaucoup, à commencer par la direction du groupe Gascogne, s'étonneront sans doute de l'attitude peu habituelle adoptée par les autorités, mais pas le MRC-08 qui estime qu'il faut y voir une manifestation qu'une ville bénéficiant d'un contrat de redynamisation de site de défense est traitée différemment du reste du territoire national. C'est une façon pour l'Etat qui a supprimé le 1er employeur local de racheter sa faute en exigeant des employeurs privés qu'ils se montrent exemplaires. Un transfert de responsabilité en quelque sorte et une bonne conscience achetée à bon compte, mais dont les salariés de la Sopal bénéficieront s'ils restent fermes sur leurs légitimes revendications.

3 commentaires:

arduinna a dit…

Des patrons qui se retrouvent lâchés par la justice et par les pouvoirs publics, il faut le voir pour le croire! La justice de classe qui écrase le pauvre et donne toujours gain de cause au riche, ce serait donc fini. Malheureusement, si j'ai bien compris le raisonnement, c'est valable à Givet dans queklques autres endroits martyrisés par la carte militaire. Dommage, j'aurais préféré que toute la france puisse en profiter

Ophélie a dit…

Cela prouve que les Ardennais sont des durs à cuire!!!
Avant la promesse de négociations il a tout de même fallu passer par des étapes "violentes"; comme quoi parfois il faut prendre des risques dans la vie!
Le combat n'est pas fini mais serait-il absurde de penser que les salariés finiront par obtenir ce qu'ils demandent?

titi a dit…

Les ardennais sont des durs à cuire, c'est sur, surtout ceux de la pointe. Mais les patrons aussi, alors il vaudrait mieux éviter de baissé la garde trop tôt