Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

vendredi 28 novembre 2008

Sopal: la pollution comme ultime moyen de pression


Avant-hier, dans le cadre de la procédure pour la fermeture fixée au 31 décembre de l'usine Sopal de Givet, un Comité d'entreprise s'est réuni. Contrairement aux us en vigueur et à ce qui avait été annoncé, les représentants de la direction, craignant certainement la légitime colère des salariés qu'ils ont ignoré pendant un mois avant d'accepter de les renconter pour les injurier en leur proposant un plat de lentilles afin qu'ils mettent fin à leur grève, ont obtenu que cette réunion se déroule non pas sur le site de Givet mais à la Maison de l'Ardenne à Charleville-Mézières. Les discussions ont duré 5 heures, mais elles n'ont permis aucune avancée puisque les personnes mandatées par le groupe Gascogne sont venues les mains vides: aucune amélioration de la prime supra-conventionnelle (1.000 euro!!) pour sortir du conflit, ni de la majoration du taux horaire figée à 25%! La seule mesure concrète a été la mise en place dans le cadre du P.S.E. (plan sauvegarde emploi) d'un P.I.C. (point information conseil) qui sera tenu par les 2 cabinets de reclassement Aksis et Entreprendre conseil.

Devant le refus absolu de la moindre ouverture de la part de leur direction, les salariés qui avaient fait le déplacement jusqu'au chef-lieu ont alors décidé de demander secours à l'Etat en sollicitant de la Direction Départementale du Travail la possibilité pour les futurs licenciés de l'usine givetoise d'intégrer le Contrat de Transition Professionnelle normalement réservé aux entreprises de moins de 1.000 salariés, ce qui n'est pas le cas du groupe Gascogne. Puis ils ont regagné l'extrémité de la Pointe afin de faire part à leurs camarades grévistes, restés sur place pour empêcher tout accès à l'usine et à son trésor de guerre que constituent le stock et les machines, du maintien en l'état de la situation. Après une 1ère réaction bien compréhensible d'abattement, c'est la colère qui l'a emporté et elle a abouti hier au déversement dans la Houille, un affluent de la Meuse, fleuve international qui entre sur le territoire belge 2 kilomètres seulement après la sortie de Givet, de 600 litres d'encre bleue.

Tout le monde comprendra sans difficulté que cette action de pollution volontaire, initiée par quelques grévistes sans le soutien des syndicats, avait pour objectif de declencher la colère de la Belgique et ainsi de donner un retentissement international au conflit social en cours à la Sopal. L'efficacité a d'ailleurs été au rendez-vous puisque le ministre wallon de l'environnement a fait savoir le jour même que la Belgique se porterait partie civile au cas où les autorités françaises décideraient de poursuivre les auteurs de cette pollution, tandis que le préfet dénonçait avec fermeté "un acte inadmissible qui porte atteinte à l'environnement à une époque où tout le monde s'entend et s'accorde pour le protéger" et prévenait que "les auteurs doivent se préparer à en répondre devant les tribunaux". Quant aux écologistes de toutes tendances, les vrais comme ceux à la petite semaine, ils se sont déchainés contre le montrent les commentaires laissés sur le blog des salariés grévistes auquel vous pouvez accéder en cliquant sur le lien suivant: http://sopalgascogne.skyrock.com/ .

Le MRC 08 hurlera-t-il avec les loups en tombant à bras raccourci sur les coupables du crime affreux de dégradation de la nature ? Certainement pas, même si nous n'avons jamais cautionné et ne cautionneront jamais les illégalités de quelque nature qu'elles soient, et ce pour 2 raisons: l'encre déversée dans la Houille serait d'après les dires des grévistes de l'encre à l'eau totalement biodégradable et donc moins polluante que les rejets que la Sopal effectuait quotidiennement sans qu'ils ne suscitent la moindre réaction ; nous sommes des humanistes convaincus qui mettons l'Homme et ses conditions de vie au dessus de la Nature et de sa soi-disant pureté qui a disparu depuis bien longtemps. Nous réaffirmons donc notre solidarité avec les salariés grévistes de la Sopal, en leur demandant toutefois avec insistance de ne pas franchir de pas irrémédiables dans le durcissement du conflit. Nous suggérons aussi respectueusement au préfet, qui ne peut plus ignorer la situation particulière engendrée par la position frontalière de Givet, de faire preuve de la même fermeté auprès des dirigeants du groupe Gascogne pour qu'ils renouent le dialogue avec les salariés de la Sopal que celle dont il a usé envers les auteurs de la regrettable mais pas pour autant dramatique pollution à l'encre à l'eau biodégradable.

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