Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

dimanche 16 novembre 2008

Sopal: un plat de lentilles comme base de négociation!


Ce qu'il y a de bien avec les entreprises cotées en bourse, c'est qu'on peut savoir tout ou presque sur leur situation financière. Ainsi, le groupe Gascogne, inscrit sur le compartiment C de la Bourse de Paris, propriétaire de la filiale Gascogne Laminates qui possède 8 usines, toutes situées en Europe de l'ouest, dont celle de la Sopal à Givet qui devrait être fermée au 31 décembre a dégagé en 2007 un bénéfice de 12,4 millions d'euro en hausse de 20% sur l'année précédente. Au 1er semestre de cette année, la situation s'est encore améliorée puisque le bénéfice s'est envolé de près de 90% à 3,4 millions d'euro, dont 0,2 millions d'euro de résultat opérationnel courant pour la filiale Gascogne Laminates contre un déficit de 2,6 millions d'euro au cours des 12 mois précédents! L'état de santé de ce fleuron français de la production et de la distribution d'emballages et de sa filiale spécialisée dans les produits dits complexes est donc bon, même si l'année 2005 avait été fortement déficitaire, d'autant que son ratio d'endettement sur fonds propres a été ramené en 5 ans du chiffre de 83% jugé excessif par la communauté financière à 63%.

Jeudi dernier, lorsqu'une première réunion a eu lieu, après plus de 3 semaines de grève, à la CCI de Charleville-Mézières entre des membres de la direction, ayant enfin retrouvé sur leur GPS la localisation des Ardennes, et des représentants des salariés pour négocier un protocole de sortie de conflit, on pouvait donc légitimement s'attendre à ce que les discussions démarrent sur des bases acceptables. Il n'en a rien été puisque dans sa grande générosité le groupe Gascogne a proposé une avance de 400 euro sur les indemnités légales et une majoration du taux horaire de 25%. Évidemment, le ton est monté, la séance a été interrompue à plusieurs reprises et la direction a royalement accepté de verser une prime de 1.000 euro tout en maintenant l'augmentation du taux horaire à 25%. Les 2 parties se sont donc quittées sur un constat de désaccord vers midi, lequel a été confirmé dès l'après-midi par le rejet quasi unanime des propositions de la direction par les salariés de l'usine de Givet qui ont décidé de demander une prime supra-conventionnelle de 30.000 euro et une augmentation du taux horaire de 50%.

Cette exigence des salariés paraîtra à certains excessive. Pourtant, en 2006, au terme d'un conflit dur qui restera longtemps dans la mémoire des Ardennais, les licenciés de l'entreprise Thomé-Génot victimes d'un patron voyou qui avait pris la poudre d'escampette avaient obtenu une prime supra-légale de 25.000 euro versée par le Conseil général (10.000 euro), le Conseil régional (10.000 euros) et l'Etat (5.000 euro). La même année, les salariés licenciés par l'entreprise Glaverbel à Donchery avaient bénéficié d'une prime de 70.000 euro et l'année suivante, ceux de Vistéon à Charleville-Mézières avaient eu droit à 60.000 euro sans que cela n'entraîne la faillite des maisons mère. Par ailleurs, en 2007, le Conseil général a versé à l'usine Sopal de Givet 1,5 millions d'euro pour participer au financement d'une modernisation du site qui n'a jamais eu lieu : il y aurait donc une certaine justice à ce que cette somme soit redistribuée à la cinquantaine de salariés, ce qui représente à peu près le montant demandé. Le MRC-08 considère par conséquent que les 30.000 euro exigés par les salariés et la majoration du taux horaire de 50% sont parfaitement justifiés ... et que le groupe Gascogne gagnerait en image en arrêtant au plus vite de prendre ses salariés ardennais pour des mendiants qu'on achète avec un plat de lentilles. Quant à ceux qui veulent connaître l'évolution au jour le jour de ce conflit social ou qui souhaiteraient apporter un peu de réconfort aux salariés en grève en leur laissant quelques mots de soutien, ils peuvent toujours le faire en cliquant sur le lien suivant: http://sopalgascogne.skyrock.com/. Ils découvriront notamment sur ce blog un texte adressé par l'épouse d'un salarié à la direction qui en dit plus long sur la détresse et l'amertume de ces futurs chômeurs que bien des discours.

1 commentaire:

titi a dit…

Je viens de lire le commentaire laissé aux patrons de la Sopal par l'épouse du salarié. C'est effectivement edifiant. Il y a bien 2 monde sur cette Terre: les riches quivivent tranquilles sans avoir le souci du lendemain et les pauvres qui doivent tendre le dos et auquels on ne fait pas de cadeau. S'il me fallait une raison pour etre de gauche, je l'ai!!!!