Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

mardi 28 avril 2009

Premiers mai : une histoire qui est loin d’être finie …


Ils s'appelaient Engel, Fisher, Lingg, Parson et Spies. Aujourd’hui, le nom de ces "martyrs de Chicago" est tombé dans l’oubli, ce qui est injuste puisque ce sont eux qui sont à l’origine des Premiers mai fêtés aujourd'hui presque partout dans le monde. Petit retour sur le passé : en 1884, aux Etats-Unis, les syndicats décident, lors de leur IVe congrès, de mener le combat pour obtenir la journée de travail limitée à 8 heures avant le 1er mai 1886 (jour du début de l'année comptable pour les entreprises dans ce pays). Leurs revendications n’étant pas partout satisfaites, ils organisent au moment de la date butoir des grèves et des manifestations qui se déroulent sans incident, mais qui se poursuivent les jours suivants dans les entreprises refusant cette avancée sociale. Le 3 mai, un dérapage a lieu, avec la prise à partie par des manifestants des 300 briseurs de grève recrutés par la société McCormick, usine de machines et outils agricoles, auquel la police répond par une brutale répression faisant plusieurs morts. En réaction, 80 000 ouvriers défilent le lendemain à Chicago et une bombe explose au cœur de la manifestation, sans que l’on sache s’il s’agit d’une provocation policière ou d’un acte isolé, tuant des policiers. Aussitôt, les leaders syndicaux ainsi que les orateurs sont arrêtés, jugés sans preuve et cinq d’entre eux sont condamnés à mort, parmi lesquels 4 sont pendus le 11 novembre 1886, le cinquième s'étant "suicidé" en prison.

En 1889, la IIe Internationale socialiste, réunie à Paris pour le centenaire de la révolution française, propose en souvenir des « martyrs de Chicago » de faire de chaque 1er mai une journée internationale de mobilisation pour la journée de 8 heures, selon les "trois huit" (8 heures de travail, 8 heures de loisirs, 8 heures de repos) symbolisés par un triangle rouge. Le 1er mai 1890, de nombreuses manifestations sont organisées dans différents pays. L’année suivante, à Fourmies, ville textile du nord de la France, la troupe tire sur les manifestants qui veulent libérer des grévistes arrêtés le matin. 9 morts et une soixantaine de blessés sont relevés, essentiellement des jeunes, mais l’Etat n’a pas mauvaise conscience puisqu’il condamne ensuite 9 manifestants pour entrave à la liberté du travail, outrages et violences à agents. Quinze ans plus tard seulement, en 1906, profitant de la syndicalisation croissante des ouvriers français, de la multiplication des conflits sociaux et de l’émoi suscité par la catastrophe de Courrières (1.200 mineurs morts dans une explosion de grisou), la CGT ose à nouveau organiser partout en France des cortèges qui se heurtent à une répression violente, mais qui permettent d’obtenir le 13 juillet la loi sur le repos hebdomadaire. Ce succès ancre définitivement le 1er mai dans le calendrier des revendications syndicales qui peuvent désormais mobiliser sans crainte leurs troupes, arborant fièrement comme fleur fétiche l’aubépine rouge, couleur du sang versé par les ouvriers dans leurs luttes.

En 1941, sur les conseils de l’ancien socialiste André Belin, le Maréchal Pétain décide de faire du 1er mai un jour chômé pour saluer la « Fête du travail et de la concorde sociale », tout en substituant à la fleur habituelle des manifestants, trop marquée à gauche, le traditionnel muguet printanier. Puis, en 1947, la République fait de ce jour chômé un jour payé et le proclame l’année suivante "Fête du travail". Interrompue en 1954 par le gouvernement Lainiel en raison des incidents de plus en plus graves qu’elle suscite, la tradition des défilés reprend de plus belle en 1968 et ne s’est plus arrêtée depuis. Cette année encore, les manifestants battront donc à nouveau le pavé, avec néanmoins une nouveauté : pour la 1ère fois de leur histoire, tous les syndicats français, y compris la CFTC et FO qui avaient l’habitude d’organiser leurs propres cortèges pour marquer leur différence, défileront ensemble pour bien marquer le caractère exceptionnel de la situation économique et sociale que nous vivons aujourd’hui. Bien sûr, dans notre département comme dans les autres, la concurrence sera rude avec notamment 6 brocantes organisées le même jour, le lancement des escapades ferroviaires en Ardennes et la 1ère journée du rallye régional des Ardennes. Mais le MRC 08 est près à parier que la mobilisation sera importante parmi les Ardennais pour dénoncer la judiciarisation des conflits sociaux et la remise en cause du repos dominical qui répondent en écho à la répression connue par les premiers 1er mai et à l’exploitation dont la classe ouvrière était victime à la fin du 19ème siècle.

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