Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

vendredi 19 mars 2010

Aubrives : on a parlé gros sous au conseil municipal


Vendredi dernier, le Conseil municipal d’Aubrives a tenu sa séance la plus importante de l’année, celle consacrée aux questions financières. Deux thèmes ont donc été abordés : les comptes administratifs de l’année 2009 et les budgets primitifs pour l’année 2010. Si les documents relatifs au service de l’assainissement et à celui de la location des immeubles n’ont posé aucun problème et ont été adoptés à l’unanimité, il n’en a pas été de même pour ceux portant sur le budget de la commune ! En l’absence du receveur municipal qui devait participer à la réunion pour répondre aux éventuelles demandes d’explications des conseillers municipaux, le compte administratif a été lu – laborieusement – par Gilbert Leclercq, notre bon maire, qui a ensuite demandé aux 10 élus présents s’il avaient des questions à poser en espérant très certainement que ce ne soit pas le cas. Malheureusement pour lui, en bon représentant de la population conscient de la tâche qui m’incombe, j’avais relevé un certain nombre de lignes qui méritaient des éclaircissements. J’ai donc demandé à connaître les raisons de l’envolée de plus de 40 % des dépenses d’eau de la commune (ligne 60611 qui a connu une augmentation difficilement acceptable de 194 % en 2 ans !), de la faiblesse des achats de fournitures de voirie (ligne 60633, correspondant à l’approvisionnement en sel de déneigement, qui n’a été consommée qu’à 46 % … alors que les rues de la commune n’ont pas été dégagées à plusieurs reprises cet hiver par manque de sel !), de la quasi inexistence de versements à des organismes de formation (ligne 6184 qui n’a été dépensée qu’à hauteur de 5 %), de l’engagement de 3.885,40 euros de frais de nettoyage des locaux alors que le personnel municipal compte plusieurs femmes de ménage en contrat permanent ou temporaire et de l’ouverture d’une ligne pour locations immobilières. Concernant la section d’investissement, j’ai demandé pourquoi 47.125 euros de matériel de bureau et d’informatique (ligne 2183) avaient été achetés alors que la somme budgétée à cet effet était de 25.668 euros.

Comme je m’y attendais, je me suis d’abord heurté à un refus de répondre, au prétexte que les chapitres du budget avaient été globalement respectés et que le vote du compte administratif n’est pas destiné à juger la gestion municipale. J’ai donc été contraint de rappeler que le compte administratif permet d’apprécier l’écart entre les propositions de dépenses et de recettes adoptées lors du vote du budget primitif et la réalité de leur exécution. J’ai précisé, quitte à choquer ceux qui confondent le mandat de représentant de la population avec la fonction de potentat local, qu’à ce titre il constitue le compte rendu de la gestion du maire pour l’année écoulée et que son analyse est par conséquent un acte majeur de la vie communale que je n’accepterais en aucun cas de voir transformer en une simple formalité. J’ai alors pu obtenir les réponses suivantes : "on a consommé plus d’eau et c’est tout" (voilà de quoi donner de la consistance aux rumeurs déplaisantes qui ont parcouru le village au cours de l’été dernier), "on ne peut pas prévoir la météo" (comme si ça empêchait de constituer des stocks !), "le personnel n’est pas volontaire pour faire des formations " (espérons que cela ne nuise pas à la qualité du service rendu aux administrés), "nous avons dû faire face à des absences pour maladie" (toutes les femmes de ménages auraient donc été malades en même temps !) et "il y avait urgence à acheter du matériel informatique parce qu’on était presque à l’époque du boulier" (jolie démonstration de la difficulté de notre 1er magistrat à se passer des conditions de travail optimales qu’il a connues à la centrale nucléaire de Chooz).

Mes questions étant restées sans véritable réponse, j’ai évidemment voté contre ce compte administratif, imité en cela par Marie-Jo Laurier. Notre bon maire en a pris acte, avec plus de calme que l’an dernier, puis il a procédé avec l’aisance intellectuelle qui le caractérise à la présentation du budget primitif pour l’année 2010 qui s’est révélé être très proche de celui de 2009. Elle n’a donc suscité que 3 questions, de ma part bien sûr, dont une a fait l’objet d’un véritable débat : pourquoi le montant affecté à l’entretien des terrains (ligne 61521) a-t-il été porté de 12.298 euros à 32.000 euros ? Officiellement, c’est parce que les contrats aidés affectés à cette tâche en 2009 ont été incapables d’y faire face, ce qui se serait traduit par des bris de matériel pour plus de 12.000 euros. L’exécutif municipal a donc décidé de recourir cette année à une entreprise pour effectuer ce travail indispensable d’entretien des espaces verts et a budgétisé en conséquence une somme de 27.000 euros. Le moins que l’on puisse dire est que cette explication n’a pas convaincu tous les élus, à juste titre à mon avis puisque la ligne 61558 du compte administratif 2009 retraçant les dépenses d’entretien des autres biens mobiliers (dont le matériel de tonte) ne s’est élevée qu’à 2.716 euros ! Des échanges que l’on qualifierait dans le monde diplomatique de vifs ont donc eu lieu, pour obtenir notamment un meilleur encadrement du personnel, mais rien n’y a fait, la ligne a été maintenue en l’état. Le budget a alors été mis au vote et il a été accepté par 9 voix, 1 abstention (Marie-Jo Laurier) et 1 vote contre, le mien, non pas par esprit d’opposition, mais parce que les dépenses prévues de fonctionnement sont en augmentation de 22 % par rapport à celles réalisées en 2009 (en période de crise, alors que toutes les municipalités cherchent à faire des économies dans cette section, c’est plus qu’intolérable, c’est de la gabegie !) et parce que l’équilibre de la section d’investissement n’est obtenue qu’au prix de 2 emprunts d’un montant total de 600.000 euros (à l’heure de la suppression de la taxe professionnelle et de la réforme des collectivités territoriales, cela m’a paru peu prudent et peu cohérent … venant d’un 1er magistrat s’étant félicité lors des vœux du maire que la dette de la commune allait être diminuée de 500.000 euros entre le début 2008 et la fin 2010).

Quant au reste de la séance du conseil municipal, il a surtout porté sur l’octroi de subventions aux associations qui en avaient fait la demande. Le principe énoncé par le très libéral Fabien Prignon étant "puisqu’ils ont demandé une certaine somme, on leur donne", les discussions ont été rapides, sauf pour le Comité des fêtes qui a souhaité bénéficier d’un soutien municipal à hauteur de 16.600 euros, en augmentation de 6.100 euros sur la subvention reçue en 2009. Presque 60 % de hausse en seulement un an, plus que le montant de la part communale de la taxe d’habitation (5.185 euros) ou presque autant que celui de la taxe foncière (6.311 euros), il y avait de quoi faire bondir toute personne un tant soit peu attachée à une bonne gestion des dépenses publiques, mais pas le toujours libéral Fabien Prignon qui a justifié la demande en affirmant que "dans la morosité ambiante, ça fait du bien de faire la fête" ! Edifiant, mais en réalité peu surprenant lorsqu’on sait que cette année encore la municipalité a dépensé 3.369 euros pour acheter … du champagne (mandat 00043 du 06 février : 1.770 euros auprès de Alain Rodier ; mandat 00458 du 08 juillet: 849,60 euros auprès de Alain Rodier ; mandat 00858 du 10 décembre: 749,40 euros auprès du Relais des Mousquetaires). Décidemment, il faut que je me fasse une raison, les priorités de certains ne sont pas les miennes et nous n’avons pas tous la même approche de l’usage à faire de l’argent public …
LB

4 commentaires:

julie a dit…

maintenant on sait où passent nos impôts, dans les f^tes. Bravo messieurs et mesdames les élus. Vous auriez au moins pu le dire avant les élections, ça nous aurait aidé à faire notre choix

vigie08 a dit…

je me demandé pourquoi il avait tout ce monde a la mairie le samedi. je sait maintenant, c'est pour boire, pour picolé comme pendant les voeux du maire. C'est comme l'an dernier , rien de nouveau et je suis sur que sa rester comme ça jusqu'aux bout

aubrivois a dit…

Quand on lit le journal, on voit que toutes les communes essaient de baisser les dépenses de fonctionnement. Nous, on les augmentent de 22 % . Est-ce que ça veut dire qu'ona eu des recettes en plus par rapport à l'année dernière ou alors qu'on jette l'argent des contribuables par la fenetre ? Il suffit de se promener dans le village pour se rendre compte qu'il y a bien plus important à faire, en commançant par les routes. A Mérivière, c'est la catastrophe et c'est pareil aux hlm

Ophélie a dit…

Ce qui me fera toujours rire, ce sont les pseudo réponses données, ou plutôt aboyées, aux questions réfléchies, intelligentes et donc embarrassantes, par ces personnes à la tête de nos communes, sensées maîtriser un minimum l'art de la parole ainsi que la diplomatie... C'est d'une crédibilité impressionnante, et on peut remarquer que ce genre d'attitude est récurente par chez nous mais aussi dans la haute sphère parisienne. Parfois on pourrait presque se croire dans une cour d'école maternelle!