Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

lundi 23 avril 2012

Le pays où l’on aimerait bien revoir un Président…

Pris par tant de graves occupations, les princes qui nous gouvernent oublient généralement qu’il existe aux confins de la Belgique une presqu’île française perdue dans les brouillards de la Meuse, peuplée de sangliers furieux et de Cellatex mal repentis. Ils peuvent juste se douter qu’on y trouve bien peu de musées d’art contemporain, de magasins bio ou de boutiques vintage, mais beaucoup de brocantes, de friteries et d’usines abandonnées. On comprend dès lors sans mal qu’ils hésitent à y introduire le bout de leur chaussure Tod’ ! Ainsi, Nicolas Sarkozy, qui s’est rendu à trois reprises dans le département de 2006 à 2011, a-t-il eu la prudence de s’arrêter à Charleville et à Renwez, afin de rester en territoires connus. Un comportement prudent que le secrétaire d’Etat Hubert Falco aurait certainement aimé imiter, mais que les nécessités politiques liées à la fermeture du CEC de Givet ne lui ont pas permis. Contraint et forcé, il a donc fait en septembre 2008 une visite express dans la cité de Méhul, en prenant toutefois la précaution d’y venir en hélicoptère afin de pouvoir échapper en toute sécurité à un éventuel débordement des autochtones dont le caractère bien trempé n’est plus à démontrer.

En fait, il ne semble pas qu’un homme politique de premier plan ait osé pénétrer aussi profondément dans le département depuis la visite de Charles de Gaulle en 1963, il y a très exactement 49 ans. Si les photographies de ce voyage, qui a eu lieu les 22 et 23 avril, sont connues et aisément consultables, le MRC 08 a pu glaner quelques détails tenus plus secrets dans de vieux numéros de Combat, de l’Aurore et de France-soir. Au-delà des foules émues qui accueillirent l’homme du 18 juin à Sedan puis à Charleville, il semble qu’il se soit heurté à de fortes réserves de la part des maires de l’opposition, en une année où la crise commençait déjà à se profiler dans la métallurgie. Parti de Mézières le 23 à 8 h. 45, De Gaulle, à qui on avait offert les œuvres complètes de Rimbaud à Cliron, put ainsi s’entendre dire à Rocroi par Andrée Viénot, figure de proue de la Gauche ardennaise : "Je manquerais à la fois de franchise et de courage si je dissimulais le fait que, personnellement, avec la majorité de mon conseil municipal, je compte parmi les adversaires les plus fermes du régime institué en 1958. Mais je me fais un devoir de recevoir celui qui fut le chef de la France libre". Gageons que Claude Wallendorff aurait pu prononcer un discours pas très éloigné lors de la visite d’Hubert Falco, s’il n’avait pas été retenu dans des contrées plus touristiques par les nécessités estivales…

Puis le général, s’arrêtant dans chaque village pour serrer des mains sans s’inquiéter des menaces d’attentat de l’OAS, passa par Fumay, Haybes, Fépin et Vireux-Molhain ("si importante à tous égards et notamment au point de vue industriel"), et termina vers midi sur le perron de l’Hôtel de ville de Givet, où, faute d’avoir pu élever le gabarit de la Meuse pour permettre le passage des péniches belges comme le lui demandaient les élus givetois, il laissa à la Pointe les emplois de la centrale de Chooz après avoir déclaré : "la solidarité nationale, voilà notre devoir à tous". Il est vrai qu’à Rimogne, le maire socialiste, pour matérialiser l’insuffisance des salaires des ardoisiers, lui avait tendu sans façon un bulletin de paie. Sans doute De Gaulle s’attendait à un accueil plus rugueux encore, mais il en avait vu d’autres ! L’on comprendra donc aisément que l’actuel président pour quelques jours encore, né dans la soie (le tissu, pas le quartier…), ait préféré être reçu en petit comité feutré, loin des trublions potentiels de la "France qui souffre", celle-là même que De Gaulle côtoya dans le train Paris-Sedan qui l’emportait vers les Ardenne. Espérons cependant que son successeur, en vrai homme de gauche qu'il devrait être, ne l’imitera pas et n’hésitera pas à honorer d’une visite officielle un territoire qui a bien besoin de toute l’attention des pouvoirs publics...

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