Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

dimanche 18 janvier 2009

Bienvenue à Enercoop Ardennes

Il n'y a pas besoin d'être spécialiste de la question pour savoir que, depuis que les économies sont rentrées dans l'ère industrielle, leur fonctionnement repose sur une consommation considérable d'énergie. Le passage de la 1ère révolution industrielle aux suivantes n'a pas changé cette donnée fondamentale, bien au contraire, et il en est de même de l'entrée des économies les plus avancées dans l'ère post-industrielle. La production massive d'une énergie bon marché et facile d'accès constitue donc depuis maintenant près de 2 siècles un impératif absolu pour les locomotives économiques de la planète. Dans un premier temps, c'est le charbon, surabondant dans les pays à l'origine de l'aventure industrielle, qui fut utilisé. Puis le pétrole, plus facile d'utilisation et bien meilleur marché, le remplaça jusqu'à ce que les chocs pétroliers de 1973 et de 1979 révèlent que sa fourniture dépendait de façon excessive de quelques pays pas forcément tous favorables à l'Occident. L'électricité nucléaire prit alors le relais, avec le succès que l'on sait en terme de coût de production et d'indépendance énergétique.

Cette course effrénée à la production d'énergie a donné naissance à de véritables mastodontes, seuls capables de mobiliser les sommes nécessaires à cette activité très fortement consommatrice de capitaux. Malheureusement, ces géants n'ont pas échappé à la financiarisation de l'économie et ils ont accordé une part de plus en plus importante de leurs bénéfices aux dividendes versés à leurs actionnaires. Ils ont aussi déclenché de sérieux problèmes environnementaux, même si certains ont tendance à être exagérés par les médias. Les gouvernements des principaux pays se sont donc émus de cette situation et depuis quelques années, ils cherchent à promouvoir la production d'énergie verte par de nouveaux acteurs en mettant en place des tarifs de rachat règlementés pour faciliter leur développement. En France, cette politique a permis l'essor d'entreprises comme Théolia, Voltalia ... ou encore Aérowatt, producteur d'électricité éolienne dans les DOM-TOM et bientôt dans les Ardennes à Mont-de Gerson.

Cette politique a aussi permis l'apparition d'entreprises d'un type nouveau. Ainsi, le 08 janvier dernier, Enercoop Ardennes a vu le jour à Attigny. Il s'agit d'une SCIC, c'est à dire d'une société coopérative d'intérêt collectif, qui se distingue des autres coopératives par son recours au multisociétariat afin de faire travailler ensemble des personnes physiques et morales ayant un rapport de nature diverse avec l'activité (salariés, bénéficiaires, financiers, bénévoles, collectivités publiques, ...). Spécialisée dans la production d'énergie verte et dans les diagnostics thermiques, c'est à la fois une entreprise ayant le statut de société commerciale et donc soumise aux impératifs de performance et de bonne gestion, une coopérative fonctionnant sur le principe "une personne = une voix" et un acteur de l'économie sociale contraint d'affecter au minimum 57,5 % de son résultat à des réserves impartageables.

Enercoop Ardennes est donc une société de forme privée et d'intérêt public, à but lucratif mais non spéculatif. En ces temps où le parasite financier est devenu immense et a fini par oublier que c'est le travail productif qui le porte sur son dos, sa création démontre que des initiatives citoyennes sont possibles dans l'économie. C'est pourquoi le MRC 08, sans renier le soutien qu'il apporte à la filière nucléaire qui reste indispensable à la production massive d'électricité bon marché, se réjouit vivement d'une telle création et encourage ceux qui le veulent et qui le peuvent à participer à son développement. Par ailleurs, Enercoop Ardennes étant la seule SCIC en France à avoir opter pour une approche multi-énergie (éolien, photovoltaïque et biomasse), nous lui souhaitons un succès éclatant afin qu'elle soit imitée dans le reste du pays et permette ainsi de faire parler des Ardennes autrement que pour ses déboires économiques.

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