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mercredi 2 février 2011

Fromelennes : KME va supprimer au moins 60 emplois !


Implantée le long de la Houille à Flohimont, un petit village rattaché administrativement à la commune de Fromelennes, l’usine KME est incontestablement un monument de l’industrie de la Pointe. Par son ancienneté d’abord puisqu’elle est la lointaine descendante d’un moulin à blé converti en 1817 en laminoir pour fabriquer des plaques de laiton et de zinc avant que les frères Estivant, des industriels givetois, ne le rachète en 1841 et le spécialise dans la fabrication d’objets divers en cuivre. Mais aussi par ses dimensions puisque sur le site de 50 hectares qu’elle occupe, dont 8 sont couverts, on trouve entre autres un bâtiment de tuberie industriel d’une longueur de 650 mètres, une cheminée d’une hauteur de 82 mètres ( !) qui veille telle une sentinelle sur les alentours depuis 1912 et un château d’eau d’une capacité de 500 mètres-cube. Sans oublier par son poids économique puisque, même si elle ne joue pas dans la catégorie de la centrale nucléaire de Chooz, elle fait partie des établissements exceptionnels, dont les contributions fiscales sont écrêtées pour le plus grand profit d’un certain nombre de communes, et fait travailler 370 salariés, ce qui en fait le 1er employeur privé de la Pointe.

Un établissement remarquable donc à tous points de vue, ce qui n’a pas empêché son dernier propriétaire français, l’entreprise nationalisée Péchiney, de le céder en 1987 au groupe italien SMI devenu entre temps, grâce à sa fusion avec Tréfimétaux et KM-Kabelmetal en 1995, le 1er transformateur mondial de cuivre. De quoi lui offrir de belles perspectives d’avenir, disait-on alors à l’époque ! Hélas, la réalité a été bien différente puisque l’entreprise, désormais spécialisée dans la fabrication de tubes industriels, pour la climatisation et la réfrigération, de tubes sanitaires pour le bâtiment et de billettes pour sa propre consommation mais aussi pour celle des usines de Niederbrück en Alsace et de Kirley en Angleterre, a connu de très sérieuses difficultés entre 2002 et 2005 qui l’ont contraint à procéder à plusieurs vagues de licenciements. Cette mauvaise passe a cependant été utilisée pour mettre en place, dès le début de 2003, une charte des valeurs destinée, d’après les dires du directeur du site, à "favoriser les actions collectives, proactives et pertinentes" et à créer les conditions pour rester "unis, flexibles, compréhensifs et disponibles". Bref, un nouveau mode de management basé non plus sur le "directif", mais sur le "participatif".

Cet accord original et efficace a permis à l’usine d’être considérée par ses propriétaires comme un site d’avenir. Ils y ont donc investi plus de 5 millions d’euros entre 2006 et 2008, en y implantant notamment, respect des normes environnementales oblige, un nouveau dépoussiéreur et un système de filtration de l’eau de refroidissement chargée en noir de carbone. Le début d’un nouvel âge d’or ? Malheureusement non puisque la crise économique a entraîné dès 2009 une baisse de la production d’environ 30 %, obligeant l’entreprise à recourir au chômage partiel une semaine par mois à partir du mois d’avril. Depuis, la situation ne s’est pas améliorée et la direction a annoncé à la fin de la semaine dernière qu’elle allait procéder à une restructuration du site en centralisant toute la production sur un seul atelier au lieu des 2 existant actuellement. L’objectif est bien sûr de diminuer les coûts fixes en rationalisant les moyens, mais cela ne se fera pas sans casse sociale puisqu’on parle déjà de la suppression d’une grosse soixantaine d’emplois ! Certes, il ne devrait pas y avoir de licenciements secs, mais seulement des départs volontaires de salariés bénéficiant de mesures d’âge dont les modalités exactes seront connues en avril.

Pour le MRC 08, si cette méthode pour alléger les effectifs est humainement acceptable, elle n’en conduira pas moins à diminuer encore l’emploi salarié dans la Pointe, qui n’avait pas besoin de ce mauvais coup après les fermetures récentes de la Sopal, du CEC et d’Ardenity. C’est donc une bien mauvaise nouvelle pour les commerces et les services locaux ! Espérons maintenant que la disparition programmée d’un des 2 ateliers de KME n’est pas le prélude à la disparition d’une des 2 productions de tubes réalisées dans cette usine si chère au cœur des locaux qu’ils avaient été 1518 à se déplacer pour la visiter lors de la journée "portes ouvertes" organisée en septembre 2008...

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