Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

mardi 1 novembre 2011

Ardennes : les décennies passent, mais la crise demeure !

"La situation économique et sociale se dégrade sérieusement dans le département des Ardennes où les mauvaises nouvelles succèdent aux bruits les plus alarmistes. Déjà lourdement touché par la crise ces dernières années, le département ardennais vient encore d’essuyer de rudes coups avec les annonces récentes du démantèlement d’Hydraulique BG à Rethel (142 salariés) et des prochaines fermetures de la Société nouvelle des Constructions métalliques de Provence à Sedan (270 employés) et des Fonderies de la Coursière à Nouzonville (48 salariés). A ce tableau déjà sombre vient par ailleurs s’ajouter une cascade de chômage partiel dus, le plus souvent, à un effondrement des carnets de commandes des entreprises locales. C’est le cas notamment à Ford France (Charleville-Mézières), Arthur Martin (Revin), ou encore à la Société des aciers spéciaux de la Chiers (les Hautes-Rivières). On comprend donc que les élus ardennais qui avaient été reçus au début du mois d’octobre par Pierre Mauroy attendent avec une certaine impatience la tenue d’un conseil interministériel d’aménagement du territoire exclusivement consacré au problème ardennais. Et principalement, bien sûr, au bassin d’emploi de Vireux, où l’usine de la Chiers (830 salariés) est appelée à disparaître en 1984".

Cette analyse de l’éphémère journal de gauche Le matin de Paris, qui n’est pas sans rappeler au MRC 08 la situation actuelle, n’est pourtant pas récente puisqu’elle a été publiée il y a très exactement 29 ans, le 1er novembre 1982, suite à un week-end agité à Vireux-Molhain ! Depuis plusieurs mois, l’annonce de la fermeture des aciéries de la Chiers par le conseil d’administration d’Usinor avait provoqué dans ce bastion des panses brulées une mobilisation syndicale unitaire rapidement débordée sur la gauche par des autonomes, mais aussi par des écologistes en lutte contre l’implantation de la centrale de Chooz B, et par le commando clandestin Vireux vivra. Cette "coalition des cocus du système", pour reprendre une formule utilisée à l’époque par un journaliste de tendance RPR, multipliait les actions violentes et spectaculaires à Fumay, Chooz, Revin et même Givet où un commando était venu perturber une émission de FR3 et s’attaquer à des camions d’EDF. Parallèlement, les manifestations se succédaient de semaine en semaine et avaient débouché sur l’incendie du château de la Duchère, siège de la direction, le 12 juillet. L’Etat avait alors mobilisé blindés et hélicoptères, mais les affrontements s’étaient poursuivis : ainsi, dans la nuit du 30 au 31 octobre 1982, 200 salariés avaient bloqué le pont de Vireux-Molhain avec des câbles d'acier et incendié la gendarmerie avant de se replier au matin devant les grenades lacrymogènes lancées par les mobiles et les CRS. Outre plusieurs blessés, quatre manifestants furent arrêtés, puis rapidement relâchés après une négociation locale.

Le Quotidien de Paris, positionné lui nettement à droite, évoquait à la même date "les enragés des Ardennes", la guérilla urbaine, la récupération par l’ultra-gauche révolutionnaire et bien d’autres horreurs encore. Mais le mois suivant, un accord avec Usinor fut conclu, avec à la clef un plan social particulièrement généreux et quelques emplois. L’impensable se produisit alors : l’élection triomphale dès le premier tour du RPR Pierre Tassin comme conseiller général du canton de Givet, face à une Gauche divisée ! Depuis, la désindustrialisation de la Pointe ne s’est pas arrêtée, bien au contraire comme l’a montré la crise de Cellatex qui a fait à son tour la Une de l’actualité. Mais a-t-on vraiment tiré dans tous les domaines les leçons qui s'imposaient de ces évènements finalement pas si anciens ? Hélas, rien n’est moins sûr...

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