Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

samedi 12 novembre 2011

Lettre ouverte à Bernard-Henri Lévy, vice-ministre autoproclamé des affaires étrangères

Monsieur le vice-ministre,

Ce n'est pas sans une certaine émotion que des membres du MRC 08 se permettent de vous importuner dans votre modeste résidence de Marrakech, dont un groom de l'hôtel Georges V a bien voulu nous indiquer l’adresse. En effet, c'est toute une région qui a grand besoin de votre secours, en cette semaine où la parution de votre ouvrage sur la Libye, qui rappelle Bossuet pour le style et Albert Camus pour l’inspiration humaniste, donne la plus haute idée de vos capacités d’intervention à l’échelle mondiale.

Parmi les peuples que vous avez soutenus au court de votre brillante carrière, certains possédaient des puits de pétrole, d’autres avaient organisé des Jeux Olympiques d’hiver, un troisième s’était fait envahir par les Soviétiques en pleine Guerre froide. Or, selon la rumeur publique, vous ignoriez jusqu’à la localisation géographique de ces régions avant qu’on ne vous signale leur intérêt médiatique. C’est pourquoi nous nous  permettons d’attirer votre attention sur une population encore plus déshéritée que les Libyens, Bosniaques, Afghans et autres Bangladais : elle n'a subi aucun évènement médiatique depuis le règne de Louis XIV, à l’exception d’un modeste déversement d’acide sulfurique dans l’eau fluviale. Et le seul poète réputé qui soit sorti de ses rangs a préféré fuir en Afrique orientale pour y attraper la gangrène, plutôt que de rester à Charleville plus que nécessaire. Bref, la pointe de Givet et les Ardennes sont moins connus que le Darfour ou la Lune, du moins selon les critères de Saint-Germain-des-Prés.

Toutefois, sachez que la civilisation occidentale et l’humanisme y sont directement menacés : alors que les Ardennais parlent un dialecte dérivé du latin, des hordes germaniques, les Flamands, aussi néfastes que leurs ancêtres Vikings, y font depuis longtemps des incursions en VTT ou en caravane, avec une rapidité inconcevable : parmi ces visiteurs d'un jour à visage humain, nourris de frites graisseuses, se cacheraient des crypto-fascistes appelés Vlams. Lorsque vous viendrez sur zone, vous aurez sans doute le même sentiment de danger imminent qu’en débarquant à l’aéroport de Karachi, au milieu des passants barbus et des chauffeurs de taxi louches. Sans doute ces Belges particuliers ont-ils l’intention de nous annexer, voir de nous purifier ethniquement : et personne ne s’en inquiéterait – sauf vous, notre bienfaiteur !

Nous vous proposons donc de vous faire larguer sur Givet dans un parachute, en soie naturelle cela va de soi, afin de vous faire par vous-même une idée de la situation et de ses possibilités éditoriales. Evidemment, les autorités locales vous aménageront un hôtel en annexe décente du Georges V et feront venir de chez Fauchon de quoi alimenter vos réflexions. De notre côté, tout en mobilisant nos troupes pour vous fournir quelques affrontements au Kalachnikov dans les rues du centre-ville, nous nous engageons à garantir votre sécurité personnelle, avec une assurance tous risques allant du terroriste nihiliste jusqu’au Belge entarteur en passant par les attaques de sangliers excités par l’odeur des truffes. Nous vous promettons aussi, en plus des articles que vos amis feront paraître dans la presse française, de tout faire pour que vous obteniez un reportage favorable de CNN.

Un stratège de votre carrure doit bien sûr avoir des outils efficaces à sa disposition : Givet possède par chance une base militaire des plus modernes que votre venue permettra de réactiver. Nous vous laissons naturellement libre de votre stratégie. Mais vous aurez sans doute à cœur, afin de protéger les intérêts des civils locaux, de demander une zone d’exclusion aérienne et une intervention de l’OTAN sur la Pointe de Givet, ainsi que des tirs d’intimidation sur Anvers et Bruges : une excellente idée, dont l'effet collatéral pourrait être de compenser durablement la fermeture du CEC pour le petit commerce local.

Enfin, nous vous informons qu’il existe dans les Ardennes un sous-groupe particulier de ce que vous appeliez il y a quarante ans le Prolétariat. Mais alors que les ouvriers que vous avez étudiés avaient en vue l’extermination des suppôts du capital, leurs cousins ardennais luttent depuis une quarantaine d’années pour les garder dans leur région. Peut-être devriez-vous informer le président de la République, avec qui vous semblez entretenir les rapports les plus intimes, de ce paradoxe historique. Il serait en tout cas possible d’utiliser ces malheureux comme une troupe de guérilla anti-flamand : cela permettrait de limiter leur nombre, puis de réinsérer les éventuels survivants comme mercenaires sur le marché international de l’emploi.

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