Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

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jeudi 7 juin 2012

Aubrives : espérons que l'histoire ne se répétera pas !

Dans un vieux numéro de la revue Ardenne Wallonne, on trouve une copie du budget d’Aubrives pour 1804 et 1809. Dans les deux cas, que ce soit sous le Consulat ou sous le Premier Empire, la commune - qui ne comptait alors que 204 habitants - tirait le plus gros de ses revenus de la forêt. Ainsi, sur 1.826 francs des recettes de 1804, 1.600 provenaient de la vente du bois communal. Par contre, les dépenses étaient nettement plus variées, avec l’ameublement de l’église Saint Maurice pour 80 francs germinal, le logement du curé pour 60 francs, son traitement pour 300 francs (en sus des 1.000 définis par le Concordat de 1801 qui étaient versés par le gouvernement), les salaires du piéton appelé aussi facteur communal, du ramoneur, du greffier, et de l’instituteur pour respectivement 9 francs, 13 francs et 50 centimes, 24 francs et 36 francs. Sans compter le garde forestier qui recevait royalement ses 120 francs annuels, quand un ouvrier agricole touchait au mieux 40 francs pour l’ensemble de la saison, et les frais divers du conseil municipal constitués du maire Jean Guilmin, nommé par le baron Frain, et de messieurs Joris, Dinant, Piron, Bourlant, Lambert et Waslet, qui s’élevaient à 40 francs, soit environ ... 150 de nos euros actuels.  

Cinq ans plus tard, on peut remarquer que les dépenses des édiles avaient explosé puisqu’elles représentaient 56 francs. Mais comme il s’agissait encore de choses utiles au travail comme le bois, l’éclairage, l’encre, le papier et les plumes, cela n’avait rien de choquant, surtout en comparaison des 305.189 euros auxquelles se sont élevées les charges à caractère général de la commune pour l’année 2011 ! Par contre, un autre changement, beaucoup plus important celui-là, s’était produit. Alors que le budget de 1804 était excédentaire de 760 francs sur 1.826 francs de recettes, il était déficitaire en 1809 de 697 francs sur des recettes ramenées à seulement 732 francs. Un renversement complet de situation qui s’explique par le fait que quarante ans auparavant, la commune avait emprunté à une noble dame du Hainaut plus de 14.000 francs, puis avait "oublié" de les rembourser, pensant sans doute que le rattachement à la France en 1772 puis la Révolution rendaient cette dette caduque. C’était sans compter sur la persévérance des héritiers qui portèrent en 1807 l’affaire devant le Conseil d’Etat. Napoléon leur donna alors satisfaction en prenant un décret qui obligea la commune à s’acquitter de sa dette, au besoin en pratiquant une "retenue sur ses revenus provenant des coupes de bois". Un coup dur qui contraignit Aubrives à se serrer la ceinture pendant une bonne dizaine d’années…


Pourquoi ce rappel historique ? Tout simplement parce que la commune d’Aubrives a lancé le 24 mai un avis d’appel public à la concurrence afin de recruter des entreprises pour construire une salle polyvalente à vocation sportive et culturelle. Un projet totalement démesuré qui couvrira une surface de 1.814 m2 avec des gradins d’une capacité de 150 personnes et des installations permettant d’organiser des compétitions officielles dans plusieurs disciplines sportives. Une vraie folie pour un village qui ne compte plus que 879 habitants et qui ne possède comme organisation sportive qu’un club de football évoluant au plus bas niveau existant et une toute nouvelle association cycliste ! Pire, un engagement financier inconsidéré et irresponsable puisque son coût prévisionnel est de 2.741.504 euros qui devraient provenir pour une moitié de l’autofinancement communal et pour l’autre moitié soit de subventions, soit d’emprunts. En clair, comme la Communauté de communes et le Ministère de la jeunesse et des sports ont déjà fait savoir qu’ils ne mettront pas la main à la poche, que le Conseil régional et le Conseil général qui doivent faire face tous les deux à des situations financières très difficiles ne se montreront pas très généreux, et que l’Etat n’a accordé à ce jour qu’une subvention de 100.000 euros pour 2012, cette construction pharaonique nécessitera d’utiliser tous les moyens financiers de la commune et de souscrire des emprunts très importants.

De quoi endetter la commune pour de très longues années tout en s’interdisant de réaliser à court terme les travaux de voirie dont certaines parties du village ont incontestablement urgemment besoin. Pourtant, comme en 1809, il faudra bien s’acquitter de cette dette nouvelle ! Alors, pendant qu’il est encore temps, il serait souhaitable que ceux qui détiennent aujourd’hui les rênes de la municipalité se décident à réfléchir sérieusement aux conséquences pour nos enfants, qui seront les futurs contribuables de la commune, de leur folie dépensière dont je n’arrive pas à savoir si elle relève du besoin ostentatoire ou de l’incompétence financière...
LB  

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Il y a deux choses : sur le fond, c'est un équipement disproportionné et à la limite de l'inutilité. Sur la forme, une municipalité talentueuse et inventive pourrait quand même monter le projet en épingle, et faire passer un dossier de subventions. En même temps, à la base, si elle avait de la clairvoyance, elle n'aurait jamais eu cette idée là...
Je me suis donc procuré un microscope électronique pour arriver à voir le Talent et le Génie municipal aubrivois. Malheureusement, c'est beaucoup trop petit...

le lynx a dit…

150 places dans les gradins pour moins de 900 habitants, c'est complètement débile. Surtout qu'on a déjà une belle salle de spectacle et pas de club de sport, ni de jeune pour en faire. il faudrait que nos élus remettent les pieds sur terre et comprenne qu'on est une petite commune

vigie08 a dit…

eh a la fin, qui s'est qui va payé pour tout ce gachi, c'est encore nous