Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

vendredi 15 janvier 2010

Ardam : l'avenir n'a jamais été aussi incertain !


A Ardam, l'usine revinoise du groupe multinationational suédois Electrolux spécialisée dans la fabrication de lave-linge, l'inquiétude ne cesse d'augmenter depuis plusieurs années. Les motifs ? la crainte d'une fermeture à moyen terme du site depuis la mise en service d'une usine jumelle en Pologne en 2006, ainsi que la possibilité à court terme d'un plan social pour résorber le sureffectif causé par la baisse récente de la production. Bien sûr, la direction jure sur tous les dieux de la Terre que ces peurs sont infondées, mais rien n'y fait : les salariés, instruits par les nombreuses catastrophes économiques et sociales qui se sont abattues ces dernières années sur la vallée de la Meuse, continuent à craindre le pire. Le climat est donc de plus en plus tendu dans l'usine, ce qui se traduit par de soudaines poussées d'adrénaline comme lorsque le personnel, dont le salaire a été gelé en 2009, s'est mis spontanément en grève à la mi-décembre après avoir découvert que les cadres de l'usine allaient bénéficier de leur habituel cadeau annuel.

Cette situation, incompatible avec la bonne marche de l'entreprise, pouvant entraîner à tout moment un mouvement social que les syndicats ne contrôleraient pas forcément, ces derniers se sont entendus avec la direction du site et celle du groupe pour organiser une réunion destinée à répondre aux inquiétudes légitimes des salariés. Tenue avant-hier dans les locaux du site revinois, cette table ronde a réuni du beau monde puisque, outre les représentants du personnel et le directeur du site, le directeur industriel Europe d'Electrolux lui-même y a participé avec à ses côtés son directeur des affaires sociales et un de ses directeurs du marketing. Après 4 heures de discussions et d'explications, elle a abouti à 3 annonces importantes : la production sera stabilisée pour les trois années à venir entre 430.000 et 450.000 machines par an alors que la direction avait fixé en décembre un objectif de 420.000 machines à l'usine de Revin, un nouveau modèle est envisagé pour 2011 afin de remplacer la Claudia déjà vieille de 3 ans et un plan de chômage partiel de 40 jours sera appliqué en 2010 pour faire face au sureffectif.

Une véritable opération vérité donc, qui a convaincu quelques salariés, mais qui a laissé la majorité d'entre eux dubitatifs. Pourquoi ? D'abord parce que les volumes pour la période 2010-2012 sont historiquement bas (pour comparaison, lors de l'ouverture de l'usine polonaise, Electrolux prévoyait la fabrication à Revin de 650.000 lave-linge par an!) et de surcroît pas garantis puisque la direction a précisé qu'ils étaient valables "à condition que le marché se stabilise", ce qui est tout sauf certain en ces temps de crise. Ensuite parce que le nouveau modèle, qui n'a été présenté qu'en des termes très flous pour ne pas faciliter la tâche à la concurrence, sera un lave-linge haut de gamme à chargement par le dessus alors que le marché de la "top" a perdu 20 % en un an en Europe et que le segment le plus touché est justement celui du haut de gamme. Enfin et surtout parce que le plan de chômage partiel, dû à la faiblesse des volumes de production qui se maintiendra pendant au moins les 3 années à venir, ne permet de faire face au sureffectif, estimé entre 80 et 100 salariés, que pour 2010. Et au-delà? C'est la grande question à laquelle le MRC 08, comme de nombreux salariés, aurait aimé avoir la réponse. Hélas, ce n'a pas été le cas, ce qui laisse envisageables toutes les hypothèses, y compris la pire, celle d'un plan social de grande envergure...

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