Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

lundi 24 mai 2010

Transports scolaires : la fin de la gratuité pour les lycéens est entérinée !


Depuis la création des collèges en 1963, le Conseil général des Ardennes, conscient de la situation particulière créée par le caractère très rural d’une grande partie du département, a toujours pris à sa charge, gratuitement, la totalité des transports scolaires depuis la maternelle jusqu’au Baccalauréat. Belle action volontaire qu’il convient de saluer, mais qui cessera hélas à la prochaine rentrée. Pourquoi ? Officiellement parce que les dépenses sociales obligatoires sont attendues en hausse cette année de plus de 10 %, ce qui correspond peu ou prou aux 15 millions que coûte le transport de notre jeunesse vers les établissements qui leur transmettent les compétences indispensables pour en faire à terme de bons citoyens et de bons travailleurs. Officieusement parce que c’est la variable d’ajustement qui a été choisie, en plus de la hausse de la fiscalité de 4,8 %, de la baisse de 10 % des subventions diverses et de la diminution des aides aux communes, pour compenser la réduction du recours à l’emprunt de 70 millions en 2009 à 32 millions en 2010.

Evidemment, un tel recul social risquait de susciter de très fortes oppositions. C’est pourquoi Benoît Huré, le Président du Conseil général et par ailleurs sénateur UMP, a intelligemment abattu ses cartes de manière progressive. Dans un 1er temps, lors du débat d’orientations budgétaires qui s’est tenu le 02 février, il a invité les conseillers généraux à réfléchir, au vu des difficultés financières du moment, sur l’opportunité de conserver ou non la gratuité des transports scolaires. Structurant son argumentation sur la déresponsabilisation qu’entraînerait une prise en charge totale, il a alors reçu le soutien de Christophe Léonard, conseiller PS de Charleville-Centre, qui a suggéré de ne conserver la gratuité que pour les collégiens. Une façon sans doute d’orienter la prise en charge des lycéens vers la Région et de régler ainsi quelques comptes avec ses camarades qui avaient eu l’outrecuidance à ses yeux de ne pas le choisir pour figurer parmi les candidats aux élections régionales !

Fort de cet appui inattendu, Benoît Huré a aussitôt fait inscrire au budget primitif 2010 le paiement des transports scolaires par les lycéens … avant de le faire retirer le 31 mars de l’ordre du jour de la session consacrée à son examen. Une façon de prendre en compte le mécontentement de la FCPE qui s’était traduit par le lancement le 21 février d’une pétition en ligne, diront certains. Mais pas les plus lucides auxquels n’aura pas échappé le fait que ce retrait a été accompagné du vote du principe de la fin de la gratuité des transports scolaires. Joli tour de passe-passe qui a permis d’étendre la menace à tous les élèves, quel que soit leur niveau de scolarisation ! La mobilisation est alors montée d’un cran avec la constitution le 10 mai par des partis de gauche, des syndicats et la FCPE d’un collectif contre la suppression de la gratuité dont les modalités précises devaient être débattues lors d’une session plénière du Conseil général fixée au 21 juin.

Dès lors, il ne restait plus qu’à transformer le principe en mesures concrètes, tout en donnant l’impression de prendre en compte le mécontentement grandissant. C’est ce qui a été fait en avançant la session au 21 mai et en limitant le paiement des transports scolaires aux seuls lycéens, avec en plus la mise en place d’un tarif dégressif allant de 200 euros par an pour les foyers ayant un quotient familial supérieur à 30.102 euros à 50 pour ceux qui n’atteignent pas 8.338 euros. De la belle ouvrage, incontestablement, dont Benoît Huré peut légitimement être fier ! Mais de là à vouloir qu’elle ne soit pas égratignée en discréditant par avance ses détracteurs ravalés dans son discours au rang de "politiciens spectateurs de la vie publique aux discours théoriques et d’un autre temps" cherchant à "vouloir troubler et abuser une opinion publique insuffisamment informée", il y a un pas qu’il est indécent de franchir. Dans une démocratie, toute décision peut être critiquée, y compris cette remise en cause de la gratuité des transports scolaires pour les quelques 7.160 lycéens de notre département, que le MRC 08 juge mesquine, au regard des 120 millions d’arriérés de l’Etat que Benoît Huré se garde bien de réclamer devant le tribunal administratif, et inadaptée à la situation économique qui exige un soutien et non une réduction du pouvoir d’achat des familles.

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