Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

mercredi 21 décembre 2011

Diplomatie et lois de mémoire…

Depuis le règne de François 1er, la France n’a eu qu’à se louer des relations cordiales qu’elle a entretenues avec l’Empire Ottoman puis avec Ankara et bien sûr elle n'a strictement rien contre les citoyens turcs ou les citoyens français d'origine turque résidant sur son sol. C'est donc avec une grande stupéfaction que beaucoup ont appris la réaction du gouvernement turc à l’annonce du vote de la loi punissant la négation des génocides reconnus par la loi française, qui aura lieu le 22 décembre à l’Assemblée nationale : elle vise notamment, sans le citer explicitement, le génocide arménien de 1915-1916, reconnu par Paris en 2001. Une loi comparable, pénalisant la remise en cause du génocide juif, avait d'ailleurs déjà été votée en 1990.

Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, n'a ainsi pas hésité à évoquer vendredi dernier des "conséquences graves et irréparables" dans tous les domaines si la loi était votée : rappel de l’ambassadeur et exclusion des entreprises françaises du marché turc, le 5ème à l’exportation pour la France. Aujourd’hui encore, le ministre des Affaires étrangères a jugé la loi "aberrante" et portant atteinte à la liberté d’expression. Paris a été prié de s’occuper de son passé colonial, qualifié de "sale et sanglant" – y compris pour le Rwanda qui ne nous a pourtant jamais appartenu !

Sur le fond, tous les historiens sérieux admettent l’existence de massacres ayant causé la mort d’au moins 850.000 Arméniens, organisés par le gouvernement ottoman en 1915 et 1916, et les qualifient de génocide : de nombreux pays et organisations ont officiellement reconnu le fait, dont les Etats-Unis, le Canada et l’Union Européenne. Cette dernière fait de la reconnaissance du génocide par Ankara un préalable à l’adhésion. De son côté, le code pénal turc nie qu’il y ait eu un génocide ou même des déportations, et permet de condamner ceux qui les évoquent : c’est le droit de la Turquie d’avoir une histoire officielle, mais qu’elle ne vienne pas ensuite donner des leçons de liberté d’expression....

Certes, nous pensons que le projet de loi, soutenu par l’UMP et le PS, aurait pu faire l’objet d’un débat plus approfondi : on aurait pu ainsi se demander si un tribunal correctionnel était le meilleur lieu pour juger de l’Histoire. Nous ne sommes pas non plus favorables aux immixtions dans les affaires internes d’un Etat souverain. Simplement, le gouvernement français a aujourd’hui comme interlocuteur la République turque fondée par Mustapha Kemal en 1920, et non l’Empire ottoman responsable des massacres de 1915 : que nous sachions, la République française n’a jamais réagi aux attaques anglaises contre Napoléon, et l’Allemagne réunifiée ne s’est jamais offusquée de la dénonciation des crimes nazis. Et nous pensons aussi aux sentiments des Français d'origine arménienne…

Nous ne croyons évidemment pas que la France soit dotée d’un passé immaculé : aucun Etat n’en possède ! Nous nous étonnons simplement que la Turquie, désireuse d’entrer dans l’UE, condamne d’emblée les valeurs de son hôte. Ce n’est guère poli ! Quant à menacer de représailles la France si ses représentants élus votent une loi, c’est là un procédé indigne d’un grand pays. Le MRC 08 espère donc que Paris saura traiter les protestations turques comme il a traité celles des Etats-Unis lors de la Seconde Guerre du Golfe en 2003. Sinon, on en arrivera à mettre en cause le brave Woinic pour avoir osé critiquer les algues vertes bretonnes…

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