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Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

jeudi 29 décembre 2011

Givet : le faux-débat du conseil municipal sur l’incinérateur a eu lieu !

On disait Claude Wallendorff très affaibli après les révélations sur la mauvaise gestion, aussi bien financière qu’humaine, des 2 maisons de retraites regroupées dans l’association Agespana dont il assure la présidence depuis sa création. On le prétendait en grande difficulté après le succès populaire et médiatique obtenu par les réunions publiques organisées ces six dernières semaines à l’initiative de l’association Vigilance-Givet. On le présentait comme un homme à terre, rattrapé par ses erreurs passées et ses errements actuels, auquel le coup de grâce serait donné, en public de surcroît, à l’occasion de la séance du conseil municipal sur l’incinérateur que l’opposition réclamait à cors et à cris depuis maintenant un an. Visiblement, c’était aller un peu vite en besogne comme l’a montré le déroulement de la séance tant attendue qui a finalement eu lieu hier soir.

Annoncée dans la presse et par l’association Vigilance-Givet comme devant être le moment de vérité pour le conseil municipal de Givet, celui où - après avoir entendu les arguments des porteurs du projet puis de ses détracteurs avant de soumettre les deux camps au feu roulant des questions/réponses - une position officielle sur l’incinérateur serait définitivement adoptée, la réunion, quoique programmée malicieusement en plein milieu des fêtes de fin d’année, a attiré la foule des grand jours puisqu’une centaine de personnes s’étaient déplacées pour écouter les débats dans une salle totalement bondée. Face au maire et à ses principaux adjoints figuraient 2 défenseurs de l’incinérateur, l’industriel Everhardus Jaarsma et son porte-parole Patrice Loubet, et 2 opposants, le Président de Vigilance-Givet Joël Dujeux et son meilleur conseiller technique Sylvain Baumel, lesquels avaient été placés, symbole oblige, à proximité immédiate des conseillers municipaux d’opposition.

Comme il se doit, Claude Wallendorff a rappelé à la nombreuse assistance qu’elle ne pourrait intervenir d’aucune façon dans les débats et qu’elle devrait s’abstenir de toute manifestation d’approbation ou de désapprobation. Puis, il a précisé le déroulement de la séance : 20 minutes accordées d’abord à Vigilance-Givet, autant ensuite pour les porteurs du projet et enfin 20 minutes laissées aux conseillers municipaux pour qu’ils puissent demander des précisions avant que le vote n’ait lieu sur une question bien précise ... à savoir en substance s’ils acceptaient ou non de s’en remettre à l’avis des services de l’Etat sur le projet Pointe EnR. L’opposition s’est alors vivement manifestée pour faire part de son désaccord sur la question posée, qui la mettait dans l’embarras puisqu’elle amenait le conseil municipal à se positionner sur l’action des services de l’Etat et non pas pour ou contre l’incinérateur, ainsi que sur l’inversion de l’ordre de passage initialement envisagé.

S’en est suivi un gros quart d’heure d’échanges parfois véhéments à l’issue duquel le maire Claude Wallendorff a fait savoir qu’il était le seul à pouvoir décider de l’ordre du jour et qu’il n’en changerait pas. Puis, après avoir manié le bâton, il a fait montre d’ouverture d’esprit en acceptant après une brève discussion cousue de fil blanc avec Patrice Loubet d’intervertir l’ordre de passage des intervenants. Une demi-victoire pour l’opposition ? Non, une défaite complète puisqu’elle est tombée dans le piège classique qui consiste à créer sciemment 2 points de friction, puis à reculer sur le moins important afin de mieux faire avaler la plus grosse couleuvre ! Le maître de cérémonie ayant obtenu ce qu’il souhaitait, chacun a alors pu s’exprimer devant des conseillers municipaux extrêmement attentifs et une assemblée dans l’ensemble très calme pour éviter que le huis clos préjudiciable à tout le monde ne soit prononcé.

Pour défendre le projet, Patrice Loubet a d’emblée annoncé qu’il allait faire simple au niveau des chiffres. Puis, il a axé son exposé sur le combustible, qu’il a présenté comme le résultat d’une transformation de sous-produits de l’industrie papetière dont la composition serait toujours la même avec environ 95 % de biomasse et 5 % de plastique. Il a insisté sur l’approvisionnement par voie fluviale, respectueux de l’environnement, tout comme le seraient le transport entre le port et le Pacog qui se ferait à moins de 40 km/h ainsi que les mécanismes de réaction aux risques prévus pour être déclenchés avant le dépassement des seuils de pollution autorisés. Il a aussi affirmé, chose étonnante, "que le projet ne contient aucune innovation technique et que c’est pour ça qu’il est intéressant" ! Ou encore que le procédé prévu à Givet existe déjà à Roermond, aux Pays-Bas, avec "la production d’un combustible comprenant 50 % de plastique et 50 % de biomasse". Par ailleurs, il s’est efforcé de disqualifier le terme d’incinérateur en arguant qu’aucune ordure ménagère ne serait brûlée.

Pour les opposants, Joël Dujeux a rappelé l’historique du collectif Vigilance devenu association Vigilance-Givet avant d’insister sur le recours à une contre-expertise citoyenne dont les conclusions ont été rendues publiques. Il a ensuite annoncé que la pétition contre l’incinérateur avait recueilli plus de 10.000 signatures, que celle initiée par le corps médical en avait 179 et que près de 1.000 personnes s’étaient déplacées aux différentes réunions publiques. Puis Sylvain Baumel a posé une série de questions ouvertes sur le combustible prévu, sur l’impact sanitaire de l’activité, sur les conséquences pour l’attractivité du territoire ou encore sur les effets cocktail qui n’ont pas été pris en compte. Il a ensuite insisté sur la rupture du lien de confiance avec les élus qui ont longtemps refusé tout dialogue et, après avoir incité à raisonner à long terme plutôt qu’à l’échelle d’un mandat électoral, il a appelé au vu de la question posée les conseillers municipaux à s’abstenir lors du vote.

La parole a ensuite été donnée aux conseillers municipaux. Les premiers à s’en saisir ont été ceux de l’opposition qui se sont d’abord trompés d’interlocuteur en questionnant Claude Wallendorff, qui n’en demandait pas tant en regardant les minutes s’égrener, sur les intérêts du projet pour la ville et sur la vision qu’il avait de l’avenir de Givet. Puis Luc Declef a rectifié le tir en demandant à Patrice Loubet, visiblement dépassé et cherchant son salut dans des études réalisées par des organismes officiels, de répondre aux craintes exprimées par le corps médical concernant la toxicité induite par le projet. La majorité a répliqué par la voix de Michel Porcelli qui a essayé d’abaisser le niveau du débat en affirmant que "la majeure partie de la salle ne connaît pas la chimie" et ne peut donc pas comprendre les propos de Sylvain Baumel, qualifié de "beau parleur". Claude Wallendorff a alors fermé le ban avec la roublardise que le MRC 08 lui connaît en reconnaissant que les opposants au projet avaient posé de bonnes questions et qu’ils avaient bien fait.

Il ne restait plus qu’à passer au vote ! A priori une simple formalité, mais l’opposition a alors choisi de faire un coup (d’éclat) en se levant et en refusant d’y participer au prétexte que ce serait cautionner un simulacre que de se prononcer sur la question biaisée posée par le maire. Sur le fond, on peut difficilement leur donner tort. Mais sur la forme, c’est autre chose ! Puisqu’il s’agissait d’un simulacre de démocratie, pourquoi ont-ils accepté pendant plus d’une heure de siéger ? Pourquoi ont-ils perdu une grande partie de leur temps d’expression à questionner Claude Wallendorff au lieu de pilonner de questions gênantes Everhardus Jaarsma, que personne n’a entendu s’exprimer ? Pourquoi n’ont-ils pas posé la moindre question aux 2 représentants de Vigilance-Givet afin de leur permettre de mieux développer leurs arguments ? Bref, pourquoi avoir apporté de l’eau au piège machiavélique tendu par Claude Wallendorff et dont ils avaient connaissance depuis 5 jours francs plutôt que de le boycotter purement et simplement ou de tenter de l’infléchir en leur faveur en optimisant leurs interventions ? Ces questions trouveront peut-être un jour des réponses, mais dans l’immédiat, le vote s’est traduit par 17 voix pour, 1 abstention et 4 contre. Un résultat qui montre que la majorité n’était pas monolithique et qu’il y avait matière à faire quelque chose de plus constructif...

12 commentaires:

jcvb a dit…

Merci pour ce bon article d'information . Y a-t-il vraiment une "opposition" dans le conseil municipal de Givet ???...faut-il rappeler que le principal "opposant" (sic) avait refusé l'Union de la Gauche aux dernières élections !...ceci explique aussi cela . jcvb

charlemont a dit…

Sur ce dossier, l'opposition a ma sympathie, mais il reste qu'elle s'est laissée manoeuvrer en beauté. Pour gagner en 2014, il va falloir être beaucoup plus habile et incisif...

un givetois inquiet a dit…

Merci pour ce résumé très pertinent et riche d'enseignements. Vraiment domage de rater à ce point l'occasion de dire définitivement non à ce projet. L'affaire n'a pas dit son dernier mot - les autres communes doivent se prononcer, le rapport d'enquête publique assorti d'une proposition conclusive doit être rendu puis le mot du préfet à la fin. On n'a pas fini de se ronger les ongles ...

mrc-08 a dit…

3 autres communes peuvent encore se prononcer, mais il y a fort peu de chance qu'elles le fassent, ce qui revient à dire qu'elles soutiennent le projet. Cela n'empêche pas les opposants à cet incinérateur d'être de plus en plus nombreux et d'avoir un écho de plus en plus large. In fine, c'est bien le Préfet qui décidera et il aura dans la balance l'intérêt économique d'un côté et les risques notamment sanitaires et environnementaux de l'autre. Espérons qu'il saura faire le bon choix pour les habitants...

Ophélie G a dit…

C'est le préfet qui, au final, se prononcera, dites-vous? Si mes informations sont bonnes et je crois que sans prétention elles le sont, il semblerait que cet homme soit beaucoup intéressé par le développement durable, l'écologie etc... Je ne dis pas qu'il voit tout en vert, mais ça lui plaît.
Alors si cet incinérateur est si mauvais pour la santé publique, je pense que son choix sera vite fait non???

S.Baumel a dit…

A Charlemont & à MRC 08.
Au-delà du constat d'ingénuité de l'opposition qui avait quand même bien lu et compris l'ordre du jour, qu'auriez-vous fait à leur place ?
Qu'auriez-vous fait à la mienne ?

mrc-08 a dit…

Il faut reconnaître que le piège tendu était plutôt astucieux ! Ceci dit, l'opposition aurait pu y faire face de 2 façons : soit en ne venant pas siéger et en demandant à Vigilance-Givet de faire de même, tout en envoyant une lettre ouverte à la presse pour expliquer la raison de cette attitude, ce qui avait pour avantage de montrer l'impossibilité réelle du débat ; soit en utilisant le temps consacré aux questions/réponses pour tendre la perche à Vigilance-Givet (du genre : quelles sont les références du cabinet Horizon ? quelles sont les principales conclusions de la contre-expertise ? à quelles difficultés vous-êtes vous heurtés dans votre recherche d'informations ?)afin d'augmenter le temps de parole des opposants au projet et ainsi peut-être créer des failles supplémentaires dans la majorité municipale...

charlemont a dit…

Je n'y étais pas mais je pense que la stratégie de la rupture - ne pas venir et en appeler à la presse - aurait mis sous pression CW, surtout quand on connaît ses rapports délicats avec la presse locale.

Claudine Baumel a dit…

Mr Bouvier , ne pourriez-vous de temps en temps voir le côté positif des choses au lieu de mettre constamment l'accent sur ce qui ne va pas?
C'est très facile de critiquer de l'extérieur ; quand on n'est pas dans le feu de l'action on peut tout refaire avec des "yavaitqu'a".
J'estime que l'association Vigilance et les conseillers de l'opposition ont fait ce qu'il fallait faire dans le contexte qui leur était imposé.
Par ailleurs vos remarques dans l'Union concernant l'incinérateur me semblent pour le moins ambigües.
Il perce à travers vos propos une certaine "admiration" pour qui vous savez, me trompe-je?

mrc-08 a dit…

Madame Baumel, avec tout le respect que je vous dois, je crois que vous tombez dans un manichéisme exagéré : lorsqu'il existe, je sais voir le côté positif des choses comme je l'ai fait remarquer il y a quelques jours dans l'Union (modernisation du port, amélioration de l'accès aux soins, construction des aménagements anti-inondations,...) ; le compte-rendu que j'ai fait de ce conseil municipal n'avait pas pour objectif de flatter ou de flétrir l'ego de qui que ce soit, mais simplement de donner ma perception de ce qui s'est passé ; quant à ce que vous appelez l'admiration dont je ferais preuve à l'égard de "qui vous savez" sans le nommer, c'est une vue de l'esprit qui s'explique peut-être par le fait que je n'ai pas de contentieux personnel avec lui et que je refuse de le voir comme le Diable incarné.
Maintenant, vous pensez autrement, c'est votre droit le plus absolu et soyez certain que je le respecte. En retour, permettez-moi tout de même de conserver ma liberté de penser, même si je sais qu'elle ne plait pas à tout le monde...

Ophélie G a dit…

Je tiens tout de même, Monsieur Bouvier, à vous féliciter pour votre intervention dans l'Union que j'ai trouvé on ne peut plus réaliste et très impartiale! J'ai beaucoup aimé cette synthèse claire et compréhensible par tous, qui m'a fortement rappelé la qualité de votre enseignement. Aussi, je n'ai vu aucun trait d'admiration de quiconque transpirer de cette intervention...
En ce qui concerne le projet incinérateur, j'ai mal suivi l'histoire depuis le départ, mais, j'aimerai si possible, que vous me répondiez quant à la décision qui pourrait prendre le préfet. Comment le "sentez"-vous?
Et quant à l'attitude de l'opposition, il me semble aussi que le fait de ne pas venir aurait mis M. le maire dans une situation embarrassante, d'autant plus qu'il n'a pas du tout la presse avec lui, comme le souligne si bien Charlemont! Mais l'envie de venir faire affront peut aussi se justifier....

mrc-08 a dit…

Bien malin qui peut dire aujourd'hui quelle est la décision que prendra le Préfet ! D'un côté, il y a la contestation locale qui s'est manifestée à grande échelle et qu'il peut difficilement ignorer, mais de l'autre il y a la raison d'Etat dont les ressorts échappent souvent aux populations concernées par les grands projets. In fine, c'est le côté le plus fort qui l'emportera, d'où la nécessité pour les opposants au projet, qu'ils soient à l'intérieur ou à l'extérieur de l'association Vigilance-Givet, de ne pas baisser la garde et de maintenir la pression la plus forte possible...