Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

mardi 17 janvier 2012

C’était le temps où certains socialistes osaient…

En cette année 2012 qui marque le cinquantième anniversaire des Accords d’Evian, mais qui pourrait aussi être celle de la victoire des forces de gauche aux élections présidentielles, le MRC 08 se permet de rappeler, à toutes fins utiles, une des pages les plus intéressantes de l'histoire politique ardennaise. Elle remonte aux années 1950, lorsque la SFIO départementale était animée par Andrée Viénot, veuve d’un député du Front populaire, résistante comme lui, conseillère générale, maire de Rocroi et même ministre en 1947. Une figure historique de la Gauche départementale donc, dont l’évolution fut alors étroitement liée à celle de la Guerre d’Algérie ! En effet, après avoir remporté en janvier 1956 les élections législatives sur un programme de paix, les socialistes dirigés par Guy Mollet tournèrent rapidement casaque devant le mécontentement d’Alger et optèrent pour une politique de plus en plus répressive. Refusant ce revirement, Andrée Viénot décida de continuer à promouvoir la négociation, et prédit la fin du parti s’il continuait à s’embourber dans le conflit : elle compara même Mollet au général Cavaignac, tristement connu pour avoir réprimé dans le sang l’insurrection ouvrière de juin 1848…

Fidèle à ses convictions, elle vota en juin 1956 au congrès national une motion exigeant des négociations, qui l’emporta à une large majorité mais ne fut, hélas, jamais appliquée. La coupe étant pleine, elle démissionna en novembre de la même année, après l’expédition de Suez contre Nasser : "Je ne peux plus, en conscience, rester dans un parti dont la politique est contraire à tout ce que le socialisme a toujours signifié pour nous". Les autres députés socialistes ardennais, Guy Desson et Camille Titeux, préférèrent pour leur part agir de l’intérieur, en ménageant la chèvre et le chou : ils votèrent ainsi pour l’extension des pouvoirs spéciaux en Algérie, mais s’opposèrent néanmoins à l’investiture du général de Gaulle en juin 1958 ; ils critiquèrent la participation de Guy Mollet au nouveau gouvernement, tout en condamnant les adversaires du nouveau régime qui menaçaient l’unité de la SFIO. Une attitude déconcertante à laquelle Desson mit fin en septembre en rejoignant le maire de Rocroi dans le nouveau Parti Socialiste Autonome. Quant à Titeux, il approuva publiquement ce départ … mais se garda bien d’en faire autant.

"Je pensais qu’une fraction de la SFIO et du PC finiraient par être dégoûtées par les palinodies de leurs directions respectives et par se détacher, permettant un regroupement très large", dira Madame Viénot. Vains espoirs ! Elle poursuivit pourtant son action avec les militants qui l'avaient suivie, multiplia les motions pacifistes au Conseil général et, pour lutter contre l’OAS, participa à la création de la section ardennaise de la Ligue des Droits de l’Homme. Dans son journal L’Espoir, elle attaqua les indécis, et notamment le maire de Givet qui avait refusé, en avril 1961, de prendre des mesures de protection contre le coup d’Etat d’Alger. Ce positionnement intransigeant lui valut, dès 1960, une arrestation injustifiée à laquelle elle répondit en recevant d’une façon particulièrement fraiche le général de Gaulle, lors de son passage à Rocroi trois ans plus tard. Puis, elle apporta son soutien à François Mitterrand en 1965 avant de rejoindre le Parti Socialiste après le congrès d'Epinay. Après sa mort en 1976, elle laissa dans le département le souvenir d’une femme de conviction qui, dans une période difficile, tenta de nettoyer les écuries d’Augias. Puisse son exemple servir aujourd’hui à celles et à ceux qui président aux destinées du socialisme dans les Ardennes...

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