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dimanche 22 janvier 2012

Quand George Sand vantait les Ardennes...

Dans le Malgré tout, un roman par lettres publié en 1870 par Amantine Aurore Lucile Dupin plus connue sous son pseudonyme de George Sand, celle qui fit scandale par sa vie amoureuse très agitée et par sa tenue vestimentaire masculine raconte les amours de la belle Sarah Owen et du violoniste Abel. L’action, en soi plutôt classique, se déroule cependant dans un endroit peu commun pour ce genre d'idylle puisque situé entre Monthermé, Revin et le village de Laifour, près duquel l'auteur situa la demeure de l'héroïne ! Un choix assez étonnant mais qui s'explique à n'en pas douter par les deux brefs voyages que la sulfureuse femme de lettres avait fait peu de temps auparavant dans notre département - à l’instigation de son ami Edmond Plauchut qui avait jadis chassé dans les Ardennes - et dont elle garda un bon souvenir. C'est ce qui ressort d'une lettre adressée à son fils, qui jette un aperçu intéressant sur son premier séjour effectué du 17 au 22 septembre 1869 avec quelques amis, que le MRC 08 se fait un plaisir de reproduire ci-dessous. On y apprend que la compagne de Musset et de Chopin ne s’est pas contentée de visiter au pas de charge Revin et les Dames de Meuse (treize kilomètres en trois heures, et à 64 ans s’il vous plaît…) ou de manger de la friture et du gibier à l'Auberge de la Mère Rousseau à Laifour, mais qu'elle a poussé jusqu’aux grottes de Han-sur-Lesse. Elle fit ainsi à plusieurs reprises halte à Givet, logeant à l’Hôtel du Mont d’Or, au 14 de la rue Thiers - comme l’avait fait Victor Hugo trente ans plus tôt - où elle y reçut la visite "du Colonel commandant de la place, bel homme grave, calme, et parfaitement fou" et put en toute quiétude penser la trame de ce qui est, avec un balcon en forêt de Julien Gracq, un des plus beaux textes écrit sur la région...

A Maurice-Dudevant Sand. Paris, mercredi soir, 22 septembre 1869.
"J’arrive à Paris 9 h. du soir en belle santé et nullement fatiguée et j’y trouve de vos nouvelles. Tout va bien chez nous, je suis heureuse et contente. Je viens de voir un pays admirable, les vraies Ardennes, sans beaux arbres, mais avec des hauteurs et des rochers comme dans le Berry. La Meuse au milieu, moins large et moins agitée que la Creuse, mais charmante, unie et navigable. Nous l’avons suivie de Mézières à Givet en chemin de fer, en bateau, à pied, et de nouveau en chemin de fer. On fait ce délicieux trajet sans se presser dans la journée, et même on a le temps de déjeuner très copieusement et proprement dans une maison en micaschiste, au pied des beaux rochers appelés les Dames de Meuse. [...] De Givet où nous avons passé deux nuits et où Toto a été souffrante, j’ai été avec Adam et Plauchut à 8 lieues en Belgique voir les grottes de Han ; c’est une rude course de trois heures dans le cœur de la montagne, le long des précipices de la Lesse souterraine, un petit torrent qui dort ou bouillonne au milieu des ténèbres pendant près d’une lieue, dans des galeries et des salles immenses décorées des plus étranges stalactites. Cela finit par un lac souterrain où l’on s’embarque pour revoir la lumière d’une manière féerique. C’est une course très pénible et assez dangereuse que la promenade avec escalade ou descente perpétuelle dans ces grottes. Voyant les autres tomber comme des capucins de cartes, j’ai pris le bras du maitre-guide en lui glissant à l’oreille l’amoureuse promesse d’une pièce de 5 f. J’ai pris la tête de la caravane et je n’ai pas fait un faux pas. Il y avait là une vingtaine de Belges qui n’étaient pas contents de la préférence, n’est-ce pas, savez-vous ? fallait qu’ils s’en avisent, ainsi que de la pièce de 2 f. à un des porteurs de lampe. Mais quand on veut des préférences, faut pas rechigner à la détente. – C’est un bonheur que Toto ait été malade. Ni elle ni sa mère ne seraient sorties de cette promenade, où bien elles seraient encore à Givet bien malades, ce sont deux chiffes. Enfin nous les avons ramenées à Paris guéries et bien gaies. Nous avons dépensé chacun 163 f. en 5 jours, en ne nous refusant rien, voitures, auberges, bateaux et même l’Opéra à Charleville…"

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