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dimanche 1 janvier 2012

Tout (ou presque) sur les nouvelles populations légales ardennaises....

Depuis le 1er janvier 2010, les populations légales, autrement dit celles qui servent de référence pour établir entre autres le montant de très nombreuses dotations de l’Etat, sont déterminées non plus par un recensement exhaustif de la population, comme c’était le cas depuis 1801, mais par des enquêtes annuelles de recensement portant sur un cinquième des communes et par des extrapolations établies à partir des données ainsi recueillies. Une méthode contestable, puisque par définition pas fiable à 100 %, mais avec laquelle il faut bien faire étant donné que c’est celle imposée dans un souci d’économie par l’Etat ! Les populations légales applicables à compter du 1er janvier 2012 sont donc les 3èmes à avoir été calculées de cette façon et depuis jeudi, l’INSEE les a rendues publiques.

Que nous apprennent-elles sur les Ardennes ? Pour le MRC 08, essentiellement 4 choses ! La première est la modestie puisqu’avec 283.296 personnes, notre département compte moins d’habitants que l’augmentation connue cette année par la population française qui a été de 342.641 personnes. Nous sommes donc bien peu de chose par rapport aux 64.304.500 habitants qui peuplent la France, même pas 0,5 %, ce qui devrait amener ceux qui considèrent que notre département a naturellement droit à une attention particulière de la part de l’Etat à revoir leur schéma de pensée. Le deuxième enseignement est que les Ardennes sont encore une fois, hélas, à contre-courant de la tendance nationale puisque notre population a connu une baisse alors que les effectifs de la population française ont augmenté de 0,53 %. Certes, nous ne sommes pas les seuls dans ce cas là, mais sur les 11 départements en décrue démographique, nous pointons tout de même au 5ème rang, que ce soit en chiffre relatif avec – 0,31 %, ou en chiffre brut avec – 901 habitants.

La troisième chose que nous apprennent les chiffres livrés par l’INSEE est que les Ardennes sont divisées en deux parties opposées : une qui connaît une baisse de sa population alors que l’autre voit ses effectifs augmenter ! En apparence, cette césure est une coupure nord/sud puisque les deux arrondissements septentrionaux de Charleville-Mézières et de Sedan perdent environ 0,6 % de leurs effectifs alors que les arrondissements méridionaux de Vouziers et de Rethel gagnent respectivement 0,14 % et 0,92 %. Mais si on affine l’analyse en se plaçant à l’échelle cantonale, on peut constater que la coupure de l’espace ardennais est en fait une coupure est/ouest avec un gros tiers à l’est - comprenant la vallée de la Meuse, le Sedanais et à une échelle moindre l’Argonne - qui perd des habitants alors que les deux tiers à l’ouest - constitués du Rethélois, des Crêtes pré-ardennaises et à un degré moindre de la Thiérache – en gagnent. Les raisons de ces évolutions différenciées ? Essentiellement la désindustrialisation qui frappe l’axe Sedan-Givet et le manque d’attractivité économique de l’Argonne alors que le reste du département bénéficie du dynamisme du bassin d’emplois relativement proche de Reims.

Enfin, le dernier enseignement de ces chiffres est que les temps sont durs pour les villes ardennaises qui n’échappent pas à ce phénomène récent qu’est l’exurbanisation, c'est-à-dire le départ des habitants du centre des villes pour aller s’installer dans les zones périurbaines et surtout rurbaines où la qualité de vie est réputée meilleure. Ainsi, sur les 21 communes de notre département qui dépassent les 2.000 habitants, 17 voient leur population baisser ! Parmi elles, les plus affectées sont bien sûr les plus importantes, à savoir Charleville-Mézières qui perd 1,7 % de ses effectifs et voit pour la 1ère fois sa population municipale tomber sous le seuil symbolique des 50.000 habitants et Sedan qui avec une diminution de 1,6 % de sa population voit s’éloigner encore un peu plus le seuil tout aussi symbolique des 20.000 habitants au-dessus duquel elle était il y a encore 2 ans seulement. Mais il y a aussi Revin, qui connaît une nouvelle saignée de 3 %, ainsi que Mouzon et Fumay, dont les pertes dépassent largement les 2 %, qui subissent en plus les effets de la désindustrialisation. A l’inverse, pour la dernière année, Givet profite de l’installation de nombreux travailleurs transfrontaliers pour limiter son recul à 0,56 %. Quant à Villers-Semeuse, elle se distingue en gagnant 3,45 % grâce à l’ouverture cette année du gros lotissement du Gros Caillou.

Au total, cette dernière livraison de l’INSEE a donc confirmé que si la population ardennaise suit globalement les évolutions comportementales du reste de la population française, le déclin démographique du département n’est toujours pas enrayé, loin de là, et que le pluriel est plus que jamais de mise lorsqu’on parle de la démographie des Ardennes. Le diagnostic étant maintenant établi, il reste à espérer que nos décideurs sauront en tenir compte pour mettre au point les politiques qui permettront à l’ensemble du département de repartir de l’avant...

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