Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

lundi 2 juin 2008

Qu'ils nous laissent nos plaques!

Non contents de n'avoir rien fait depuis tant d’années sur l'essentiel, nos technocrates ont pris l'habitude de se rattraper sur le superflu. Dernier exemple en date? La refonte imminente des bonnes vieilles plaques minéralogiques de nos véhicules qui ne répondent plus aux critères de convergence du savoir-vivre tels qu'ils sont édictés à Paris ou Bruxelles. Pensez-vous! Permettre de reconnaître, d'un simple coup d'oeil, le département d'immatriculation de tout véhicule, d'identifier de loin la voiture d'un ami ou de se méfier d'un conducteur qui ne connaîtrait pas la région alors que, comme chacun sait, le monde mondialisé est à tout le monde... quelle balourdise !

Heureusement, nos technocrates nous ont mijoté une toute nouvelle plaque minéralogique à la sauce du progrès. Elle présentera dorénavant, pour notre plus grand bien, une succession de chiffres et de lettres attribuée au niveau national, sans aucun signe distinctif d'un département ou d'une quelconque région. Un numéro de série qui n'évoquera plus qu'un univers insondable de paperasses obscures et de fichiers barbares. L'aléa mathématico-administratif en lieu et place de la représentation d'un territoire ! Précisons cependant que si le propriétaire du véhicule le désire, l'administration lui permettra, suprême tartufferie, d'ajouter sur sa plaque, à la suite de son numéro de série mais en plus petit, le numéro du département de son choix (!), voire tout autre macaron à connotation vaguement géographique. Quelque chose du genre "Toulousain malin", "Bienvenue chez les Ch'tis" ou "Fier d'être Marseillais".

Qu'est-ce qui motive les hommes et les femmes, car il y en a forcément, à l'origine de ce fumeux projet ? N’arrivent-ils pas à comprendre que, sur une aire d'autoroute vosgienne, dans un village des Ardennes et même place de l'Etoile, la vision d'une Clio blanche immatriculée 75 ne procure pas le même effet que la vision d'une Clio blanche immatriculée 74, toutes options du véhicule étant égales par ailleurs ? Veulent-ils empêcher le petit peuple d’échapper au tourbillon sans âme d'un monde anonyme ? Ont-ils pensé qu’ajouter une 4ème lettre là où 3 ne suffisaient plus était trop simple ? Certainement pas ! La seule explication rationnelle à la mise en place de ces plaques fantomatiques semble plutôt de permettre à nos talentueux décideurs de ne plus avoir à arborer un rictus emprunté quand, au volant de leurs luxueux 4x4 estampillés 92, 78 ou 75, ils arpentent en famille les chemins du Lubéron, de l’île de Ré ou de la Corse.

Nos dirigeants ne seraient donc pas l'aise avec la France telle qu'elle est, jalouse de ses charmes et de la diversité de son identité ! Mais plutôt que de cacher leur gêne en nous empêchant d’appréhender le réel, ils auraient pu choisir une alternative bien plus radicale en prenant l’avion pour gagner la clémence de tropiques sans histoire, voire rester en France et se mettre au vélo. Ainsi, ils nous auraient laissé nos plaques, ce qui les aurait mis pour une fois en accord avec la volonté de l’immense majorité des français…

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