Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

vendredi 8 juin 2007

Ravignon fait son show


A Givet, la campagne législative est particulièrement active. Les colleurs d'affiches se livrent à une lutte acharnée pour que leur matériel reste présent sur les meilleurs emplacements, les diffuseurs de tracts s'en donnent à coeur joie et les candidats n'ont jamais été aussi nombreux à arpenter le marché et à faire du porte-à-porte. Les réunions publiques s'enchaînent à un rythme inconnu. Après Michèle Leflon vendredi dernier à la Maison de la rencontre (lieu prédestiné à ce genre de manifestation) et Philippe Vuilque avant-hier au couvent des Récollectines (lieu reconverti, si nous pouvons nous exprimer ainsi, en salle municipale ouverte à toutes les chapelles politiques), c'était hier au tour de Boris Ravignon, le candidat de l'UMP qui a jugé préférable de ne pas faire apparaître ce sigle sur ses affiches.

Comme la veille, la réunion s'est déroulée en 3 temps. D'abord, Claude Wallendorff, maire de Givet, a remercié la centaine de participants (si, si, le chiffre est vrai: il ne provient pas des organisateurs mais du MRC-08 qui était présent afin de mieux connaître un de ses futurs adversaires) et il a affirmé qu'il allait parler non pas de politique, mais de vie quotidienne. Il s'est alors lancé dans une critique tous azimuts, mais dans son esprit apolitique, du député sortant auquel il a reproché en vrac son absentéisme parlementaire, son inefficacité économique alors qu'il est en charge au Conseil Régional du développement économique, son manque de combattivité et son absence d'initiative dans le domaine ferroviaire. Bref, il l'a réduit à un "député pleureur" et a plaidé pour l'élection d'un député qui appartiendrait à la future majorité parlementaire et bénéficierait d'un accès direct auprès des décideurs parisiens. Qui pourrait-donc être cette personne? Boris Ravignon, bien sûr, qui a fait alors son entrée dans la salle (simple coïncidence due paraît-il à quelques difficultés de circulation!) et qui a laissé la parole au maire de Givet pour avoir le temps de serrer la main de tous les participants. Claude Wallendorff, ému, en a profité pour donner 3 exemples de l'efficacité présumée de son candidat: les 30.000 euros touchés par les salariés de Thomé-Génot (petite rectification du MRC-08: il s'agit de 25.000 euros dont 10.000 versés par le Conseil régional à majorité socialiste sur intervention du député Vuilque!), la suppression progressive de la carte scolaire qui aurait déjà permis à un élève de continuer ses études au collège de Givet plutôt qu'à son collège d'affectation de Vireux (petite précision du MRC-08: la carte scolaire a été créée en 1963 par un certain De Gaulle, dont l'UMP revendique l'héritage!) et l'ouverture de négociations avec nos voisins belges sur la réouverture de la ligne Dinant-Givet (2ème précision du MRC-08: le ministre wallon des transports a déjà opposé une fin de non recevoir à cette demande!).

Ensuite, Bernard Dekens, maire de Vireux-Wallerand et suppléant de Boris Ravignon, a expliqué que sa priorité absolue était le développement de l'emploi. Pour y arriver, il a affirmé qu'il fallait dire non à la "vallée verte" et qu'il fallait avoir la plus grande vigilance sur le contenu d'un danger en gestation: le Parc Naturel Régional, mal dirigé puisque présidé par le député Vuilque. Il a plaidé pour le développement d'un tourisme d'appoint (cela s'appelle le minimum syndical quand on est président de l'Office de Tourisme Communautaire) et souhaité voir des usines au fond de la vallée, en se gardant bien de préciser comment les y attirer. Il a terminé en vantant les qualités de Boris Ravignon, auquel il a attribué le mérite exclusif (!) d'avoir trouvé un repreneur pour la fonderie Porcher.

Après tant d'éloges, le 3ème temps pouvait démarrer. Boris Ravignon a donc pris la parole et il a commencé par commenter les affichettes placardées sur ses affiches: s'il a reconnu être énarque, ce qu'il considère comme un atout puisque cette formation lui aurait permis de connaître les défauts de l'administration centrale et de se constituer un réseau parisien, il a réfuté avec justesse être un parisien parachuté. Puis, il a proposé, dans un souci d'équité, d'imposer toutes les indemnités parlementaires, de limiter le cumul des mandats, d'aligner le régime de retraite des parlementaires sur celui du privé et de rémunérer les parlementaires au prorata de leur présence dans l'hémicycle. Cela contribuera certainement à renforcer son réseau d'amis dans la future majorité! Il a ensuite insisté sur la nécessité de maintenir une industrie dynamique et de lutter contre les délocalisations en mettant en place une préférence communautaire et une taxe carbone. Il a aussi proposé de s'inspirer de la méthode "Borloo" à Valenciennes et "d'agir" pour permettre à la vallée de bénéficier de l'objectif 1 des fonds structurels de l'Union Européenne, oubliant au passage que les élargissements de 2004 et 2007 rendent cet espoir utopique (c'est une précision du MRC-08). Il a ensuite défendu la nécessité de désenclaver la circonscription en achevant la branche ouest du Y ardennais et en réouvrant la ligne Dinant-Givet pour faire venir des entreprises: au regard du dogme libéral qui veut que ce soit l'offre qui crée la demande, c'est cohérent mais tout le monde n'a pas été convaincu à l'image de cette personne qui a murmuré que "cela revenait à acheter un beau costume pour se demander ensuite comment on fait pour tomber les filles". Enfin , après s'être engagé à ouvrir sa permanence de 06h00 à 08h00, après 18h00 et le week-end de façon à être accessible à la population aux moments où elle ne travaille pas, il a rappelé le réseau qu'il possède dans les milieux dirigeants parisiens et il a expliqué que c'était le gage de faire passer les dossiers de la circonscription avant tous les autres.

Et les questions de l'assistance, direz-vous? Il y en a eu très exactement 2 auxquelles s'est ajoutée une intervention qui a consisté à lire une petite analyse listant les difficultés de la circonscription. N'en déduisez surtout pas que les participants étaient tous conquis. Simplement, ils n'ont pas eu le loisir de s'exprimer puisque la garde rapprochée du candidat a aussitôt servi le verre de l'amitié accompagné, ardennité oblige, de tarte au sucre. L'ensemble a duré 1h30 (il faut bien permettre à "la France qui se lève tôt" de se coucher tôt) et il a été mené avec beaucoup de professionnalisme. Malheureusement, il a essentiellement consisté à distiller des généralités et à déformer la réalité. Surtout, ce show à l'américaine a été articulé autour d'un fil conducteur que le MRC-08 considère très dangereux: le redressement de la circonscription ne pourrait venir que d'un homme providentiel doté de qualités inaccessibles aux autres. Cela s'appelle de l'attente messianique et ne correspond pas à la vision que nous avons de la politique.

2 commentaires:

Milankovitch a dit…

Extrait du blog de M. LEFLON :
«En plus un vrai moment de convivialité, car nous étions nombreux à défendre ma candidature : non seulement les communistes étaient nombreux, mais Laurent Bouvier, secrétaire départemental du MRC, était venu distribuer des tracts avec nous pour nous témoigner de sa sympathie.»

Source : http://michele.leflon.over-blog.com/article-10780583.html

Question : pour qui roule le mc-08 ? Je croyais, à la lecture de ce blog que c'était pour Vuilque, j'ma gourré ???

mrc-08 a dit…

Les choses sont plus subtiles qu'il n'y paraît parfois au 1er regard. Le mrc-08 ne roule pour personne dans les circonscriptions où il n'a pas présenté de candidat. Il a simplement à coeur d'aider la gauche, toute la gauche. Dans cette optique, nous pouvons donner un petit coup de main à des gens qui ont toujours fait preuve envers nous de respect et de tolérance. Mais au 2ème tour, parce qu'il s'agit bien d'une élection à 2 tours, nous saurons prendre nos responsabilités et faire ce qui sera nécessaire pour barrer la route à un candidat de droite qui privilégie la forme et la mise en scène au fond!