Jean-Pierre Chevènement, invité de LCI

Chevènement : "on a détruit l'école de l'intérieur"

jeudi 28 juin 2007

Porcher: vraie reprise ou minable coup électoraliste?


Au début du mois de février, American Standard, multinationale américaine de 60.000 salariés, a annoncé que, dans l'optique de sa cotation en bourse à l'automne, elle allait procéder à une réorientation stratégique majeure en vendant sa division "bains et cuisines" et en se recentrant sur les systèmes et services de climatisation. Cette décision a eu pour effet d'enclencher la fermeture, qui devrait être effective pour fin juin, du secteur fonderie de son usine de Revin, officiellement dénommée Ideal Standard mais que la population locale nostalgique de la grandeur passée de son industrie continue à appeler Porcher. Rachetée en 1991, cette entreprise qui a la particularité d'être le dernier fondeur sanitaire en France, compte encore 251 salariés et 35 intérimaires répartis entre une branche céramique qui fabrique surtout des lavabos et une branche fonte de 63 salariés qui produit bon an mal an 50.000 baignoires exportées à 95%, notamment en Europe de l'est où ce matériel est gage de durabilité.

Cette énième liquidation n'est pas la plus importante connue par l'industrie ardennaise. Mais venant après un investissement en 2003 de 2,5 millions d'euros dans des fours à fusion électrique pour augmenter la productivité, améliorer la qualité et atteindre le nec plus ultra en terme de normes environnementales, elle a fait l'effet d'un coup de massue. La direction l'a donc justifiée en expliquant que le marché global était en baisse continue au profit des produits en acrylique plus pratiques et plus légers et que les coûts de production étaient supérieurs de 15 à 25% au prix du marché du fait de l'envolée récente du prix de l'énergie et du doublement de celui de la matière première. Ces arguments économiques, peu contestables, n'ont pas empêché les acteurs socio-politiques d'agir afin de trouver des solutions pour les salariés menacés de perdre leur emploi. Manifestations de soutien, interventions des élus, visite médiatisée de Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, initiatives multiples des principaux candidats aux élections législatives, tout a été utilisé et cette mobilisation n'a pas été vaine.

Ainsi, un plan social prévoyant le transfert de 18 à 23 salariés vers la branche céramique et le reclassement de 12 autres dans une usine à Dôle a été adopté le 15 mai. Parallèlement, un repreneur a été recherché et malgré les abandons successifs mais peut-être révélateurs de Farinia (240 millions d'euros de chiffre d'affaire et 2.000 salariés) et de Toto (leader du sanitaire au Japon), il a été trouvé le vendredi 08 juin (petite précision du MRC-08: c'était l'avant veille du 1er tour des élections législatives!) à l'initiative parait-il de Boris Ravignon, candidat UMP dans la 2ème circonscription. Qui est-il? Louis Terrier, PDG d'une fonderie de 350 salariés en Loire Atlantique, d'une société de conseil de 10 salariés et de France Inox, société landaise de 6 millions d'euros de chiffre d'affaire et de 45 salariés spécialisée dans la fabrication de cuisines en inox pour les professionnels et de mobilier urbain. Connu pour avoir réalisé plusieurs reprises difficiles, dont celle des pianos Pleyel, il a donné un accord verbal de principe pour reprendre tout le personnel avec tous les acquis sociaux, y compris les mutuelles et les prévoyances, et il s'est engagé sur demande expresse quoique peu habituelle d'American Standard à bloquer sur un compte pendant 2 ans 2 millions d'euros afin de garantir aux salariés des indemnités similaires au plan social en cas d'échec de la reprise. L'ensemble devait être confirmé par la signature d'une lettre d'intention la semaine suivante. Seulement voilà, la semaine a passé, une deuxième s'est écoulée et telle Soeur Anne, American Standard n'a rien vu venir. L'entreprise américaine a donc envoyé à Louis Terrier un ultimatum expirant demain pour apporter la preuve qu'il peut satisfaire à toutes les conditions auxquelles il s'est engagé, notamment la mise en place du compte bloqué. Faute de réponse positive, le dénouement aura lieu lundi avec l'activation du plan social du 15 mai.

Aujourd'hui, tout le monde est dans l'expectative, surtout les salariés qui ne savent pas quel va être leur sort. Le MRC-08 souhaite vivement que Louis Terrier honore ses engagements. Si tel n'était pas le cas, ce que nous refusons encore de croire, il faudrait appeler les choses par leur nom: nous aurions eu à faire à une minable opération électoraliste qui ne grandirait pas ceux qui s'y sont livrés et nous nous engagerions alors à tout faire pour que les électeurs pris pour des imbéciles s'en souviennent lors des prochaines échéances électorales!

2 commentaires:

Milankovitch a dit…

Ben oui, c'est une vraie reprise (lire l'Ardennais de ce jour !).
Le pire c'est que B. Ravignon y a pris sa part... Et ça visiblement ça a du mal à passer...
Ecoutez les sirènes de la gauche archaïque et élisez un député sclérosé !

mrc-08 a dit…

C'est une vraie reprise, tant mieux! Boris Ravignon y a pris sa part, certes, mais en quelle qualité? Candidat UMP dans la 2ème circonscription ou fonctionnaire attaché au ministère de l'intérieur en charge du dossier de la "réindustrialisation" des Ardennes? Si c'est la 2ème hypothèse, il n'a fait que son travail...
Mais la polémique est-elle utile? La nouvelle est bonne, nous la saluons!